En 2024, la Martinique évolue dans un contexte économique dégradé. L’emploi salarié recule, la demande d’emploi progresse et le taux de chômage s’établit à 12 % de la population active. L’investissement demeure en retrait et les créations d’entreprises ralentissent dans plusieurs secteurs. C’est dans ce cadre que s’inscrit la trajectoire de la construction, dont les indicateurs permettent de mesurer la place réelle dans l’économie martiniquaise.
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Une économie fragilisée mais toujours en croissance modérée
Le produit intérieur brut atteint 10 138 millions d’euros en 2023, avec un PIB par habitant de 28 627 €, contre 41 317 € au niveau national. En 2024, la croissance s’établit à +1,0 % en volume. Cette progression reste modérée et s’inscrit dans un environnement social marqué par un taux de pauvreté de 26,8 % et une dépendance importante aux prestations sociales.
Le tissu économique demeure très tertiarisé : plus de 50 % des unités légales relèvent des activités spécialisées, scientifiques et administratives. La construction représente, quant à elle, 6,7 % des unités légales marchandes et productives non agricoles.
Un secteur qui pèse 10 % des établissements employeurs
En 2023, la Martinique compte 3 119 unités légales dans la construction. Le secteur regroupe 1 347 établissements employeurs, soit 10,1 % de l’ensemble des établissements employeurs du territoire. Cette proportion confirme que la construction constitue un pilier structurant de l’économie locale, même si elle ne figure pas parmi les secteurs dominants en volume.
Le profil des entreprises traduit une forte fragmentation : la majorité des structures sont de petite taille, avec une prépondérance d’entreprises comptant moins de 10 salariés. Cette configuration influence la capacité d’investissement, la gestion des risques et la solidité financière du secteur.
Près de 500 créations d’entreprises en 2024
En 2024, 492 entreprises ont été créées dans la construction : 281 hors micro-entreprises et 211 sous le régime micro-entrepreneur. Malgré un contexte économique tendu et un recul global des créations tous secteurs confondus, la construction maintient un niveau d’initiative entrepreneuriale significatif.
La part importante des micro-entreprises confirme une dynamique d’auto-emploi et d’artisanat, mais elle souligne aussi une dispersion des acteurs, souvent exposés aux fluctuations de la commande privée et publique.
Un recours marqué à l’intérim
En décembre 2024, la construction mobilise 446 intérimaires, représentant 408 équivalents temps plein et 415 contrats conclus sur le mois. Le secteur figure parmi les principaux utilisateurs d’intérim après le commerce et les transports.
Ce recours traduit à la fois la nature cyclique des chantiers et la nécessité d’ajustements rapides des effectifs. Dans un contexte d’incertitude économique, l’intérim joue un rôle d’amortisseur pour les entreprises.
Une activité partielle limitée en fin d’année
Au quatrième trimestre 2024, la construction enregistre seulement 5 demandes d’indemnisation au titre de l’activité partielle, concernant 10 salariés, pour 1 635 heures chômées et un montant demandé de 13 505 €.
Ce niveau faible suggère que le secteur ne connaît pas, à ce stade, de contraction brutale de l’activité. Il témoigne d’une certaine continuité des chantiers malgré le ralentissement économique global.
Une sinistralité toujours présente
En 2022, 155 accidents du travail avec arrêt ont été enregistrés dans la construction, sur un total de 1 971 accidents tous secteurs confondus en Martinique. La construction représente ainsi environ 8 % des accidents déclarés.
Cette sinistralité rappelle que la prévention des risques professionnels demeure un enjeu structurant pour les entreprises du BTP, notamment dans un tissu composé majoritairement de petites structures.
Une filière stratégique dans un environnement fragile
La construction ne constitue pas le secteur dominant de l’économie martiniquaise, mais elle en reste un maillon essentiel. Elle représente plus d’un établissement employeur sur dix, maintient une dynamique de création d’entreprises et continue de mobiliser de l’emploi intérimaire.
Dans un territoire marqué par un taux de pauvreté élevé, un chômage à 12 % et un investissement en retrait, la filière BTP conserve un rôle économique et social important. Sa fragmentation structurelle, son exposition aux cycles d’investissement et sa sinistralité imposent toutefois une vigilance particulière.
L’année 2024 dessine ainsi une situation contrastée : un secteur actif, mais évoluant dans une économie sous tension. La capacité de la construction à soutenir l’emploi et à accompagner les besoins en logement et en équipements publics dépendra, en 2025, de la dynamique de l’investissement et de la stabilité du contexte économique local.









