La Fondation pour le Logement des Défavorisés a publié fin janvier son 31e rapport sur l’état du mal-logement en France. Le constat est sans détour : 2025 a été « une année noire pour le logement ». Dans un contexte de tensions budgétaires, de ralentissement de la construction et de montée des inégalités, tous les indicateurs se dégradent simultanément. La crise n’est plus conjoncturelle. Elle devient structurelle.
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Des chiffres qui traduisent une aggravation générale
Les données compilées dans le rapport dressent un tableau préoccupant. En 2024, 912 personnes sont mortes à la rue, soit une hausse de 16 % en un an. Parmi elles, 31 enfants de moins de quatre ans. Le nombre de personnes sans domicile atteint désormais 350 000, tandis qu’environ 1 million de personnes ne disposent pas de logement personnel, qu’elles vivent en hébergement d’urgence, en hôtel social ou accueillies chez un tiers.
La pression sur le logement social atteint un niveau inédit. En 2025, 2,8 millions de ménages sont en attente d’un logement Hlm, contre 2,1 millions en 2017. Les chances d’obtenir un logement se réduisent : seule une demande sur 10 formulée dans l’année a abouti en 2024, contre une sur 6 sept ans plus tôt.
Dans le même temps, les expulsions locatives atteignent un record historique. 24 556 expulsions avec concours de la force publique ont été recensées en 2024, soit une hausse de 29 % en un an et de 50 % en trois ans. Les fragilités économiques pèsent lourd : 64 % des locataires du parc social déclarent rencontrer des difficultés à boucler leurs fins de mois.
La précarité énergétique s’installe durablement. En 2025, 35 % des ménages déclarent avoir souffert du froid dans leur logement au moins 24 heures, et 49 % indiquent avoir subi la chaleur estivale, notamment lors des épisodes caniculaires. Les logements qualifiés de « bouilloires thermiques » deviennent un symptôme récurrent d’un parc insuffisamment rénové.
Le logement social sous pression maximale
La production de logements sociaux ne parvient plus à absorber la demande. En 2024, 85 381 logements sociaux ont été agréés dans l’Hexagone (hors ANRU). En 2016, ils étaient 124 000. Si environ 95 000 agréments sont annoncés pour 2025, le niveau reste bien inférieur à celui observé avant 2017.
Plus préoccupant encore, l’accroissement net du parc Hlm ralentit fortement. En 2023, 65 000 logements ont été mis en service, mais après déduction des démolitions et des ventes, la hausse nette du parc n’atteint que 39 000 logements. En 2017 et 2018, elle avoisinait 90 000 unités par an. La baisse dépasse 70 % en six ans.
La rotation du parc diminue également : 8 % des logements sociaux ont été libérés en 2023, contre 10 % en 2018. Ce ralentissement bloque les parcours résidentiels et allonge les délais. Les ménages reconnus prioritaires au titre du DALO attendent en moyenne 600 jours avant une attribution.
Une production qui ne suit plus la demande
Au-delà du seul logement social, c’est l’ensemble de la production qui ralentit. Entre novembre 2024 et octobre 2025, 274 000 logements ont été mis en chantier. En 2017, le volume atteignait 434 000 unités. La baisse approche 37 %.
Or les besoins structurels sont estimés à 400 000 logements par an : 200 000 pour répondre à la croissance du nombre de ménages, 50 000 pour le renouvellement du parc et les résidences secondaires, auxquels s’ajouteraient 150 000 logements annuels pendant dix ans pour résorber la pénurie actuelle. Celle-ci est évaluée à environ 1,5 million de logements.
La production réelle, désormais inférieure à 300 000 logements par an, creuse mécaniquement l’écart entre l’offre et la demande.
Expulsions et rénovation : des signaux d’alerte supplémentaires
Le durcissement des procédures d’expulsion depuis 2023, combiné à la hausse des impayés, contribue à l’augmentation du nombre de ménages contraints de quitter leur logement. Dans le même temps, la rénovation énergétique connaît des à-coups budgétaires. Après une réforme ambitieuse en 2024, MaPrimeRénov’ a été suspendue à l’été 2025 avant d’être rétablie avec des aides réduites pour les ménages très modestes. Cette instabilité pèse sur la dynamique de rénovation performante.
La situation énergétique renforce la vulnérabilité résidentielle. Les difficultés d’isolation et la hausse des factures accentuent le poids du logement dans le budget des ménages.
Une crise inscrite dans un contexte d’inégalités croissantes
La crise du logement s’inscrit dans un contexte social plus large. En 2023, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté, soit 15,4 % de la population. Les inégalités patrimoniales se creusent : les 10 % des ménages les plus fortunés détiennent 48 % du patrimoine national, tandis que les 10 % les moins dotés n’en possèdent que 0,1 %.
Le logement, premier poste de dépense pour la majorité des ménages, devient un amplificateur des inégalités de revenus et de patrimoine. Il conditionne l’accès à l’emploi, à la mobilité, à la stabilité familiale.
Un changement d’échelle devenu indispensable
Le rapport 2026 souligne que la crise dépasse désormais les ajustements budgétaires ponctuels. La tension sur le parc social, le recul de la production neuve, l’augmentation des expulsions et la fragilisation énergétique convergent vers un même constat : le logement redevient un enjeu structurant pour l’économie nationale et pour le secteur de la construction.
Consulter ici le 31e rapport sur l’état du mal-logement en France en 2026









