La France construit-elle encore des logements adaptés à la réalité des ménages ?
L’enquête Logement 2023-2024 publiée par l’Insee en janvier 2026 met en lumière un décalage croissant entre structure familiale, qualité d’usage et typologie des logements produits. Malgré une apparente stabilité globale — 57 % de propriétaires, 40 % de locataires — certaines tensions persistent. « 9,0 % des ménages vivent dans un logement surpeuplé », rappelle l’Insee. Un indicateur qui, derrière sa constance, questionne l’adéquation de l’offre au besoin réel.
—
Surpeuplement : un indicateur qui dépasse la simple statistique
17,8 % des locataires vivent aujourd’hui en situation de surpeuplement, contre seulement 2,9 % des propriétaires. L’écart est massif. Il l’est encore davantage chez certains profils : 43,4 % des couples avec trois enfants ou plus sont concernés, tout comme près de 19 % des familles monoparentales.
La concentration géographique accentue le phénomène. Dans les grands centres urbains, 16 % des ménages sont en situation de surpeuplement, contre 2 à 3 % en zone rurale. La densité foncière joue donc un rôle direct.
Mais au-delà du pourcentage, la question est plus structurelle : produit-on encore suffisamment de logements familiaux dans les zones tendues ?
Le parc collectif, majoritaire en milieu urbain dense, offre en moyenne 63 m², contre 116 m² pour les maisons individuelles. Près de 40 % des appartements disposent d’une ou deux pièces. La compacité devient la norme.
La taille des logements : un modèle économique sous contrainte
La surface moyenne des résidences principales atteint 92,5 m² en 2024. Elle progresse légèrement par rapport à 2013. Pourtant, cette moyenne cache une polarisation croissante.
Dans le parc locatif privé, la surface moyenne tombe à 52 m². Les locataires du parc social disposent en moyenne de 66 m². Les propriétaires, eux, occupent des appartements de 77 m² en moyenne et des maisons de plus de 110 m².
La production immobilière récente privilégie mécaniquement la compacité. Coût du foncier, pression réglementaire, rentabilité des opérations et contraintes de densification poussent vers des surfaces plus réduites, notamment en zones urbaines centrales. Or les ménages familiaux ne disparaissent pas pour autant. Le décalage s’installe.
Le surpeuplement, défini par l’Insee comme un logement comportant « moins de pièces que le nombre de pièces théoriquement nécessaire au ménage qui l’occupe ou moins de 18 m² par personne », devient alors un révélateur indirect des arbitrages constructifs.
Confort thermique : un signal d’alerte pour la qualité d’usage
L’étude met également en évidence une fragilité croissante du confort thermique. Un tiers des ménages déclarent avoir des difficultés à chauffer leur logement ou que celui-ci est trop coûteux à chauffer. Un quart indiquent avoir des difficultés à le rafraîchir l’été.
Les locataires sont plus exposés : 42 % dans le parc privé et 40 % dans le parc social rencontrent des difficultés liées au chauffage, contre 26 % des propriétaires. Concernant la chaleur estivale, 37 % des locataires se disent gênés, contre 19 % des propriétaires.
Plus révélateur encore : 44 % des ménages vivant en situation de surpeuplement déclarent avoir des difficultés à chauffer leur logement, et 43 % résident dans un logement jugé trop chaud.
Ces chiffres interrogent directement la qualité constructive du parc collectif, la performance réelle des bâtiments en usage et la capacité d’adaptation au changement climatique. Le confort d’été, longtemps secondaire, devient un indicateur structurant.
Accession à la propriété : un parcours résidentiel fragmenté
L’enquête révèle également une transformation du parcours résidentiel. 80 % des ménages dont la personne de référence a moins de 30 ans sont locataires. Parmi les ménages ayant récemment emménagé, seuls 14 % des moins de 30 ans ont acheté leur logement, contre environ 40 % des plus de 30 ans.
La géographie de l’accession évolue. Parmi les ménages ayant récemment emménagé dans les grands centres urbains, seuls deux sur dix sont acquéreurs récents, contre près de six sur dix en zones rurales.
L’accession semble se déplacer vers les territoires moins denses. Ce phénomène interroge l’aménagement du territoire, la production périurbaine et la capacité des métropoles à maintenir un parcours résidentiel complet.









