À La Réunion, les effets du changement climatique ne relèvent plus de projections abstraites. Cyclones plus intenses, épisodes de sécheresse, tensions sur la ressource en eau ou encore érosion du littoral s’inscrivent déjà dans le quotidien du territoire. Dans ce contexte insulaire particulièrement exposé, l’adaptation devient une nécessité opérationnelle.
C’est dans cette dynamique que la DEAL Réunion lance un appel à projets Éducation au Développement Durable (EEDD) 2026. Présenté comme un dispositif de sensibilisation, il traduit en réalité une ambition plus large : accompagner la transformation des pratiques et renforcer la résilience des territoires face aux chocs climatiques.
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Un territoire insulaire déjà en première ligne face au climat
Les projections climatiques donnent la mesure des enjeux à venir. À horizon 2100, la hausse des températures pourrait atteindre +2,9 °C à La Réunion, dans une trajectoire mondiale estimée à +3 °C.
Sur le terrain, cette évolution se traduit déjà par une intensification des aléas. Les épisodes cycloniques, les inondations, les phénomènes de submersion marine ou encore les périodes de sécheresse exercent une pression croissante sur les territoires. À cela s’ajoutent des contraintes structurelles propres aux régions ultramarines : insularité, forte dépendance aux ressources locales, et présence d’une biodiversité à la fois riche et fragile.
Dans ce contexte, l’adaptation ne concerne plus uniquement les politiques environnementales. Elle touche directement les territoires aménagés, les infrastructures et, en filigrane, les pratiques de construction.
Risques naturels, eau, biodiversité : des enjeux directement liés au bâti
Les priorités définies dans le cadre de l’appel à projets recoupent des problématiques au cœur des métiers du BTP et de l’aménagement.
La gestion des risques naturels constitue un premier axe structurant. Cyclones, inondations ou érosion côtière interrogent directement la conception des bâtiments, leur implantation et leur capacité à résister dans le temps. Dans certaines zones littorales, la pression liée au recul du trait de côte impose déjà de repenser les stratégies d’aménagement.
La question de l’eau s’impose également comme un enjeu central. Entre raréfaction de la ressource et épisodes pluvieux intenses, les territoires doivent adapter leurs systèmes de gestion, qu’il s’agisse du stockage, de l’infiltration ou de la distribution. Là encore, l’impact sur les projets d’aménagement est direct.
En parallèle, la préservation de la biodiversité et le recours à des solutions fondées sur la nature s’imposent progressivement dans les réflexions. Végétalisation, gestion des écosystèmes ou intégration paysagère deviennent des leviers d’adaptation, avec des implications concrètes pour la conception urbaine et les opérations d’aménagement.
Autrement dit, le changement climatique ne se limite pas à un enjeu environnemental : il redéfinit en profondeur les logiques de construction et d’intervention sur le territoire.
Un appel à projets qui dépasse la simple sensibilisation
Si l’appel à projets EEDD 2026 s’inscrit dans une logique éducative, son périmètre dépasse largement la sensibilisation classique. L’objectif affiché consiste à soutenir des actions concrètes, adaptées aux spécificités du territoire, et capables de produire des effets mesurables.
Les projets attendus doivent ainsi clairement distinguer les actions relevant de l’adaptation — faire face aux impacts — de celles liées à l’atténuation, visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les approches combinant ces deux dimensions sont particulièrement encouragées.
Au-delà des contenus pédagogiques, l’enjeu réside dans la capacité à mobiliser les acteurs locaux, à structurer des démarches collectives et à faire évoluer les comportements. L’éducation devient alors un levier opérationnel, au service de la transformation des territoires.
Des critères exigeants qui traduisent une montée en compétence attendue
La grille de sélection des projets illustre clairement le niveau d’exigence attendu. L’évaluation repose sur 3 piliers :
- l’intérêt du projet (40 %),
- sa qualité méthodologique (40 %)
- et l’expérience du porteur ainsi que la gouvernance mise en place (20 %).
Les candidats doivent démontrer une capacité à structurer leur démarche, à analyser les besoins du territoire, à définir des objectifs précis et à proposer des indicateurs de suivi. L’impact, qu’il soit direct ou indirect, constitue un critère déterminant.
Sur le plan financier, la subvention indicative s’établit autour de 8 000 euros, avec un taux de financement pouvant atteindre 80 % pour les associations et 50 % pour les autres structures. Le recours au cofinancement est donc obligatoire, renforçant la nécessité de monter des projets solides et crédibles.
Ce cadre traduit une évolution : les initiatives ponctuelles ou symboliques laissent place à des projets structurés, inscrits dans une logique de résultats.
Une mobilisation large qui reflète un changement d’échelle
L’appel à projets s’appuie sur une mobilisation particulièrement large d’acteurs publics et institutionnels : ADEME, ARS, rectorat, collectivités territoriales, Office de l’eau, Office français de la biodiversité, entre autres.
Cette diversité de partenaires traduit une volonté de coordination à l’échelle du territoire. Elle témoigne également d’un changement d’échelle dans la prise en compte des enjeux climatiques, désormais intégrés de manière transversale dans les politiques publiques.
Pour les porteurs de projets, cette dynamique ouvre des perspectives en matière de partenariats, mais impose également de s’inscrire dans une logique collective et multidisciplinaire.









