Énergie locale, renouvelable et disponible en continu, la géothermie coche de nombreuses cases de la transition énergétique. Pourtant, en France, son développement reste limité. Dans un rapport publié en janvier 2026, la Cour des comptes dresse un état des lieux précis des soutiens publics accordés à la filière et met en lumière un décalage persistant entre des ambitions nationales élevées et des résultats encore modestes. L’analyse révèle aussi une réalité contrastée selon les territoires, avec des enjeux très spécifiques dans les Outre-mer.
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Une filière encore marginale à l’échelle nationale
À l’échelle nationale, la géothermie ne représente qu’environ 1 % de la consommation finale de chaleur. En 2023, la production totale atteint près de 6 TWh, dont 4,7 TWh issus de la géothermie de surface et 2,3 TWh de la géothermie profonde dédiée à la chaleur. La production d’électricité par géothermie reste, quant à elle, très marginale, autour de 0,1 TWh.
Ce faible poids contraste avec l’ampleur des soutiens publics mobilisés. En 2024, la Cour des comptes estime ces aides à environ 110 millions d’euros pour la géothermie de surface et 123 millions d’euros pour la géothermie profonde. Malgré cet effort financier, la diffusion de la géothermie progresse lentement, en particulier pour les installations de surface, pourtant reconnues pour leurs performances énergétiques et environnementales.
Les objectifs inscrits dans la future programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) apparaissent dès lors difficiles à atteindre. Le triplement de la production de chaleur issue de la géothermie de surface à l’horizon 2035, avec une cible comprise entre 15 et 18 TWh, est jugé peu réaliste en l’état. Pour la géothermie profonde calogène, l’objectif de 6 TWh en 2030 suppose un rythme de déploiement nettement supérieur à celui observé aujourd’hui.
Des freins structurels toujours présents
La Cour identifie plusieurs obstacles récurrents au développement de la filière. Les projets de géothermie profonde nécessitent des investissements initiaux élevés, compris entre 11 et 16 millions d’euros par installation, et restent exposés à des risques techniques, notamment liés aux forages. Les procédures administratives sont également jugées complexes et longues, ce qui ralentit la mise en œuvre des projets.
S’agissant de la géothermie de surface, les difficultés tiennent moins aux performances techniques qu’à la structuration du marché. Les économies d’exploitation à long terme sont mal valorisées lors des décisions d’investissement, en particulier dans le logement collectif. La filière reste par ailleurs marquée par une notoriété limitée et une offre industrielle encore insuffisamment standardisée.
Les Outre-mer, un potentiel stratégique distinct
Si la géothermie électrogène apparaît aujourd’hui incertaine en métropole, notamment après l’arrêt des forages en Alsace à la suite d’événements sismiques, la situation est différente dans les territoires ultramarins. La Cour des comptes souligne que les zones volcaniques des Antilles et de La Réunion concentrent un potentiel élevé pour la production d’électricité géothermique.
La centrale de Bouillante, en Guadeloupe, est citée comme une référence. Elle produit une électricité décarbonée à un coût inférieur à celui de la plupart des autres modes de production électrique utilisés dans les territoires insulaires, encore fortement dépendants des énergies fossiles importées. Pour la Cour, la géothermie électrogène constitue ainsi un levier majeur d’autonomie énergétique et de maîtrise des coûts dans les Outre-mer.
Ce potentiel reste toutefois largement sous-exploité. Le principal frein identifié réside dans le niveau de risque associé aux forages profonds. Le dispositif actuel de couverture de ce risque est jugé insuffisamment incitatif, ce qui a conduit à l’abandon ou au report de plusieurs projets.
Une même politique, des réalités territoriales contrastées
L’un des enseignements majeurs du rapport tient à ce contraste territorial. À l’échelle nationale, la priorité est donnée à la rationalisation des soutiens et à l’amélioration de l’efficacité des dispositifs existants. Dans les Outre-mer, l’enjeu est plus stratégique : il s’agit de lever des verrous spécifiques pour permettre l’émergence d’une filière électrogène capable de transformer durablement les systèmes énergétiques locaux.
La Cour recommande ainsi de réviser les mécanismes de couverture du risque de forage, en particulier pour les territoires ultramarins, et de mieux adapter les outils publics aux niveaux de risque réels des projets. Elle insiste également sur la nécessité d’améliorer la connaissance du sous-sol et de poursuivre le développement d’innovations, comme les réseaux de chaleur et de froid ou les boucles d’eau tempérée.
Un enjeu de crédibilité pour la transition énergétique
Au-delà de la filière elle-même, le rapport interroge la capacité des politiques publiques à s’adapter aux réalités territoriales. La géothermie illustre les limites d’une approche uniforme face à des contextes géologiques, économiques et énergétiques très différents. Entre une métropole où la filière peine à changer d’échelle et des Outre-mer où elle pourrait jouer un rôle structurant, la Cour des comptes appelle à un pilotage plus différencié et plus efficace des soutiens publics.
Consulter ici la publication de la COUR DES COMPTES : Les soutiens publics au développement de la géothermie









