La filière construction entre redressement statistique et incertitudes structurelles

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Les indicateurs se redressent. Les courbes cessent de plonger. Sur le papier, 2025 marque un mieux pour la filière Construction. Les logements progressent, les locaux repartent légèrement, l’activité globale se stabilise. Pourtant, à y regarder de plus près, le secteur demeure sur un plateau bas, et plusieurs signaux avancés invitent à la prudence.

La dernière note de conjoncture publiée ce mois de février 2026 par le GIE Réseau des CERC confirme cette lecture contrastée. Derrière le rebond du logement et une activité des travaux publics globalement stable, les prises de commandes reculent nettement et les tensions persistent sur l’emploi et les entreprises.

Un logement en hausse… mais à faible intensité

Avec 280 000 logements mis en chantier en 2025, la progression atteint +7,1 % sur un an. Les autorisations suivent la même trajectoire, en hausse de +15,6 %. L’individuel groupé progresse de 11,1 %, le collectif de 8 %, et l’individuel pur de 3 %.

Ces chiffres traduisent un redressement. Mais le volume global reste historiquement faible. La hausse s’inscrit après une année 2024 particulièrement dégradée. Autrement dit, la base de comparaison joue fortement.

La commercialisation confirme cette lecture contrastée. Au troisième trimestre, les mises en vente bondissent de +41,9 %, tandis que les réservations des particuliers reculent encore de –9,5 %. Les annulations diminuent de 20,8 %, ce qui atténue partiellement la tension, mais les volumes demeurent modestes : environ 14 400 réservations pour 16 600 mises en vente. Du côté des investisseurs institutionnels, les réservations progressent de 16,3 %, signe d’un marché qui s’appuie davantage sur les acteurs professionnels que sur la demande des ménages.

Les travaux publics : stabilité apparente, commandes en recul

En apparence, l’activité des travaux publics termine 2025 sur une quasi-stabilité (–0,4 % sur l’année). Pourtant, les prises de commandes racontent une autre histoire. Les marchés conclus reculent de –10,2 % sur l’ensemble de l’année, et encore de –13,2 % au quatrième trimestre.

Cette divergence est déterminante. L’activité réalisée reflète des engagements passés. Les marchés conclus, eux, dessinent l’activité future. Leur contraction à deux chiffres constitue un signal avancé préoccupant pour 2026.

Les professionnels expriment d’ailleurs des opinions nettement dégradées sur leurs carnets de commandes, inférieures à leur moyenne de longue période dans la majorité des régions. La stabilisation observée en 2025 pourrait ainsi masquer une tension à venir si les prises de commandes ne se redressent pas rapidement.

Les matériaux confirment le ralentissement

L’industrie des matériaux joue souvent le rôle de baromètre avancé. En 2025, la production de béton prêt à l’emploi s’établit à 32,1 millions de m³, en baisse de –3,8 % sur douze mois. Les granulats atteignent 270,6 millions de tonnes, en léger recul de –0,5 %.

Ces évolutions restent modérées comparativement aux chocs précédents, mais elles confirment une activité qui ne retrouve pas encore son niveau de croisière. Le recul du BPE, en particulier, traduit un volume de chantiers encore insuffisant pour enclencher une dynamique plus robuste.

Emploi et entreprises : un tissu toujours sous tension

Le secteur emploie 1 598 600 salariés à la fin du troisième trimestre 2025, soit environ 20 800 postes de moins qu’un an auparavant (–1,3 %). L’intérim poursuit son repli avec 127 300 équivalents temps plein, en baisse de –3,9 % sur un an.

La dynamique entrepreneuriale reste contrastée. 85 600 entreprises ont été créées en 2025, soit –3,8 % par rapport à 2024. Les micro-entreprises résistent mieux que les structures traditionnelles, mais la tendance générale demeure orientée à la baisse. Dans le même temps, 14 800 défaillances sont enregistrées en cumul annuel, en hausse de 4 %. Le rythme de progression ralentit, mais le niveau reste élevé.

Ces données traduisent une filière qui stabilise son activité sans retrouver encore un socle solide.

Une année de transition plus qu’un véritable rebond

Au total, 2025 apparaît comme une année d’atterrissage après la contraction de 2024. Le logement montre des signes de reprise, les locaux progressent légèrement, l’activité globale des travaux publics tient encore. Mais les indicateurs avancés — marchés conclus, matériaux, intérim — appellent à la vigilance.

La question centrale ne porte plus seulement sur l’activité réalisée, mais sur la capacité du secteur à regarnir durablement ses carnets de commandes. C’est là que se joue la trajectoire de 2026. La stabilisation est réelle. La solidité reste à démontrer.

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