Rapport de marché – RLB Caribbean Report 2025 · Rider Levett Bucknall, cabinet international de cost management
Des dizaines de milliards de dollars investis dans la construction hôtelière, des aéroports modernisés, des plans nationaux d’infrastructure colossaux : la Caraïbe connaît un boom de la construction sans précédent. À quelques heures de vol de Fort-de-France, Pointe-à-Pitre ou Cayenne, ces marchés en pleine expansion sont accessibles – et ils recrutent des compétences que les entreprises BTP de Martinique, de Guadeloupe et de Guyane possèdent déjà. Le RLB Caribbean Construction Market Intelligence Report 2025 dresse un état des lieux qui devrait alerter tous les professionnels du secteur.
Il y a quelque chose de vertigineux à feuilleter le Caribbean Report 2025 du cabinet Rider Levett Bucknall (RLB) – EN BAS DE PAGE – quand on est entrepreneur du BTP aux Antilles ou en Guyane. Page après page, les chiffres s’accumulent : 620 millions de dollars investis dans un seul projet à Barbuda, 2 milliards pour un complexe touristique en Grenade, 11,6 milliards programmés sur dix ans à la Barbade, des dizaines d’hôtels de luxe en construction simultanée de la Jamaïque aux îles Caïmans, en passant par la République dominicaine et Trinité-et-Tobago. RLB, présent dans la Caraïbe depuis 1969, publie chaque année ce baromètre détaillé des coûts et des perspectives de marché, à partir de données collectées territoire par territoire. Son édition 2025 dresse un panorama saisissant d’une région en pleine mue constructive, tirée par le tourisme de luxe et par l’urgence climatique. Pour les professionnels du BTP de Martinique, de Guadeloupe et de Guyane, ce rapport n’est pas un document exotique sur des marchés lointains : c’est la description d’un voisinage en chantier, à portée de main.
PHILIPPE PIED

Une croissance économique régionale tirée par la construction
Le RLB Caribbean Report 2025 confirme ce que beaucoup pressentaient sans en mesurer l’ampleur : la Caraïbe est en train de construire à une vitesse inégalée. La croissance du PIB régional est attendue à environ 2,5 % en 2025 (hors Guyana), et à 8,7 % si l’on intègre le Guyana, dont le boom pétrolier — 43 % de croissance en 2024 à lui seul — propulse l’économie vers des sommets. Mais au-delà du cas exceptionnel guyanais, c’est la dynamique d’ensemble qui frappe : la construction est identifiée comme un moteur central du développement dans la quasi-totalité des territoires couverts, aux côtés du tourisme. Aéroports, ports, routes, hôpitaux, logements, hôtels : les investissements sont tous azimuts.
Ce cycle d’investissement n’est pas conjoncturel. Il répond à une stratégie de montée en gamme touristique délibérée, que plusieurs gouvernements caribéens ont formalisée dans des plans nationaux à long terme. La Barbade, avec son plan Barbados 2035 doté d’un budget de 11,6 milliards de dollars sur dix ans, en est l’exemple le plus abouti : cinq nouveaux hôtels durables, 10 000 logements neufs, 30 000 rénovations, sans oublier la modernisation de l’aéroport international et du port de Bridgetown. Ce type de programmation pluriannuelle offre une visibilité que les entrepreneurs du BTP apprécient, car elle permet d’anticiper les besoins en ressources humaines, en matériaux et en sous-traitance.
« La Caraïbe n’est plus un marché émergent : c’est un marché mature en phase d’accélération. Les volumes en jeu dépassent tout ce que la région a connu depuis des décennies. »
Un marché hôtelier en ébullition : le grand défi de l’hébergement de luxe
Si un secteur concentre à lui seul la majorité des investissements caribéens documentés par RLB, c’est bien l’hôtellerie de luxe. La liste des projets en cours ou programmés donne le tournis. À Barbuda, le Peace, Love & Happiness Project (PLH) réunira à terme plus de 700 villas de luxe, avec 120 millions de dollars supplémentaires prévus pour 2025 seul. Le Rosewood Barbuda, lui, représente 250 millions de dollars de travaux prévus sur trois ans à partir de 2025. En Grenade, le Grenada National Resort Project pèse 2 milliards de dollars. La République dominicaine ambitionne 75 000 chambres nouvelles sur la côte de Punta Cana dans les quinze prochaines années — dont des projets portés par Marriott, Four Seasons, Kimpton et Hard Rock. Dans les Bahamas, la chaîne Baha Mar investit 350 millions dans une extension de 350 chambres avec résidences de marque.
Ce qui caractérise cette vague, c’est son niveau d’exigence. Les clients de l’hôtellerie caribéenne de luxe attendent des finitions irréprochables, des matériaux de haute gamme, des équipements techniques complexes — piscines, spas, marinas, systèmes de climatisation et d’énergie renouvelable. Les entreprises qui savent travailler à ce niveau de qualité sont rares dans la région et très recherchées. Or, les professionnels martiniquais, guadeloupéens et guyanais ont une longue expérience des constructions tropicales, des contraintes sismiques, des normes parasismiques renforcées et des logiques de chantier en milieu insulaire. Ce sont précisément les compétences que réclament ces projets.
Tableau 1 — Coûts de construction comparés par territoire (données RLB 2025, en US$/pi² de surface brute)

« Nos coûts de construction sont dans la moyenne régionale, mais nos savoir-faire – sismique, tropical, insulaire – sont exactement ce que ces marchés recherchent. »
Les infrastructures publiques : aéroports, ports, routes et hôpitaux
Au-delà de l’hôtellerie privée, le rapport RLB met en évidence une deuxième vague d’investissements, de nature publique celle-là, qui concerne les infrastructures fondamentales. Dans presque chaque territoire analysé, des projets aéroportuaires majeurs sont en cours ou programmés : nouveau terminal à Anguilla, aéroport international à Dominique (premier de l’île, ouverture prévue en 2026), extension des pistes aux îles Caïmans, réaménagement complet des aéroports dans les îles Vierges américaines via un partenariat public-privé, expansion de l’aéroport de Punta Cana en République dominicaine pour atteindre une capacité de 11 millions de passagers annuels.
Les ports ne sont pas en reste. La modernisation du port de Bridgetown en Barbade, le projet de port en eaux profondes à Antigua-et-Barbuda, la rénovation du port de croisière de Dominique, le Kingstown Port Modernisation Project à Saint-Vincent (170 millions de dollars), ou encore les travaux du nouvel ANR Robinson International Airport à Trinité-et-Tobago témoignent d’une ambition régionale de connectivité. Pour les entreprises de génie civil et d’ingénierie, ces marchés publics représentent des appels d’offres de grande ampleur, souvent financés par des institutions internationales — Banque mondiale, Fonds saoudien pour le développement, Union européenne, agences américaines comme FEMA. Les entreprises qui connaissent les procédures de ces bailleurs ont un avantage décisif.
Le défi climatique : la construction durable comme condition d’accès au marché
Le RLB Caribbean Report 2025 consacre tout un chapitre à la résilience climatique, et son message est sans équivoque : la construction durable n’est plus une option, c’est une condition sine qua non pour travailler dans la Caraïbe des prochaines années. L’année 2024 a battu des records climatiques mondiaux, et la région, particulièrement vulnérable, en a subi de plein fouet les conséquences. La montée des eaux menace directement des milliards d’euros d’actifs touristiques côtiers. Les gouvernements caribéens, avec leur campagne ‘1.5 to Stay Alive’, sont en première ligne de la diplomatie climatique mondiale, ce qui se traduit concrètement dans leurs cahiers des charges de construction.
Pour les entreprises du BTP des Antilles et de Guyane, cette évolution est à la fois un avertissement et une opportunité. Le rapport RLB indique que les certifications LEED, WELL et les démarches de bilan carbone incorporé deviennent des critères d’éligibilité pour les grands projets. Les entreprises qui n’auront pas investi dans ces compétences d’ici deux à trois ans risquent d’être écartées des appels d’offres les plus importants. En revanche, celles qui auront anticipé — en formant leurs équipes, en nourrissant leurs partenariats avec des bureaux d’études environnementaux, en documentant leur bilan carbone — se positionneront idéalement sur un marché qui va en s’exigeant.

« La certification LEED ou WELL n’est plus un label de prestige : dans la Caraïbe de luxe de 2025, c’est un ticket d’entrée pour les grands projets. »
Ce que les chiffres révèlent sur notre positionnement régional
Le tableau de coûts publié par RLB mérite une lecture attentive de la part des professionnels du BTP antillais et guyanais. En Martinique, le coût de construction d’un bureau premium oscille entre 309 et 366 dollars par pied carré (environ 3 300 à 3 940 euros par mètre carré), celui d’un hôtel cinq étoiles entre 395 et 582 dollars. Ces données placent la Martinique dans une fourchette intermédiaire à l’échelle caribéenne — plus chère que Haïti ou la Guyane, mais nettement moins que les Bahamas, les îles Caïmans ou les îles Vierges américaines. La Guadeloupe se situe dans un registre similaire. La Guyane, avec ses coûts sensiblement plus bas, constitue une exception régionale qui s’explique par son positionnement continental et son marché du travail spécifique.
Ces différences de coûts ont une implication directe pour les stratégies de développement des entreprises : elles signifient que des opérateurs caribéens cherchant à construire à moindre coût pourraient potentiellement envisager de faire appel à des prestataires guadeloupéens ou martiniquais pour certains lots techniques spécialisés, notamment en matière d’installations électriques, de climatisation ou de second œuvre haut de gamme. La maîtrise des normes parasismiques (NF EN 1998), qui sont parmi les plus exigeantes de la région, est également un argument commercial de poids dans une zone exposée au risque sismique.

Une fenêtre d’opportunité qui n’attendra pas
Le boom de la construction caribéen n’est pas illimité dans le temps. La plupart des analyses tablent sur une décélération progressive à partir de 2027-2028, une fois que les grands projets hôteliers et aéroportuaires actuellement programmés auront été livrés. La fenêtre d’opportunité est donc ouverte aujourd’hui, et les entreprises BTP de Martinique, de Guadeloupe et de Guyane qui veulent en profiter doivent s’organiser maintenant : nouer des partenariats régionaux, former leurs équipes aux certifications internationales, prospecter les maîtres d’ouvrage des grands projets identifiés dans ce rapport. Le RLB Caribbean Report 2025 n’est pas seulement un document d’analyse : c’est une carte aux trésors pour qui sait la lire.
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Source : Rider Levett Bucknall, Caribbean Construction Market Intelligence Report 2025, publié par RLB Caribbean (Saint Lucia). Rapport annuel disponible en téléchargement.










