GUADELOUPE. Gestion des déchets : un équilibre fragile en 2024

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En 2024, la Guadeloupe a produit 243 962 tonnes de déchets ménagers et assimilés (DMA), soit 636 kg par habitant. Le volume recule légèrement, mais l’équation financière se tend : le coût aidé atteint désormais 232 € HT par habitant, en hausse de 15 %. Derrière ces chiffres, un système en mutation, entre progression du tri, explosion des déchets d’activité économique et pression budgétaire persistante.

Une baisse des OMR… mais un socle encore dominant

Les ordures ménagères résiduelles (OMR) poursuivent leur recul. En 2024, elles représentent 123 645 tonnes, soit 322 kg par habitant, en baisse de 8 % depuis 2019. Leur part dans le total des flux diminue progressivement, passant de 56 % en 2021 à 51 % en 2024.

Le signal est positif. Il traduit un meilleur captage des recyclables et une évolution progressive des comportements. Pour autant, les OMR restent la colonne vertébrale du système. Leur volume demeure structurant, tant sur le plan logistique que financier.

Des flux qui se déplacent plus qu’ils ne diminuent

La dynamique la plus marquante concerne les déchets verts et la fréquentation des déchèteries. Les déchets verts atteignent 62 583 tonnes en 2024, en hausse de 25 %. Les tonnages en déchèteries culminent à 54 731 tonnes, avec une progression de 45 % depuis 2021. Le réseau s’est densifié, passant de 9 à 18 équipements depuis 2015.

Autre évolution notable : les papiers et emballages hors verre (PEHV) progressent fortement (+78 %), tandis que le verre affiche une hausse de 43 %. Ces chiffres traduisent un meilleur tri à la source et un transfert de flux vers les filières dédiées.

La lecture est toutefois plus nuancée qu’il n’y paraît. Le système ne produit pas nécessairement moins de déchets ; il les redistribue différemment. Les volumes globaux restent élevés, mais leur répartition évolue.

Les DAE, un tiers des tonnages totaux

Le véritable basculement se situe du côté des déchets d’activité économique (DAE). En 2024, ils atteignent 125 568 tonnes, soit 327 kg par habitant. La progression est spectaculaire : +47 % par rapport à 2019.

Les DAE représentent désormais environ un tiers du flux total. Leur montée en puissance pose une question centrale : celle de leur orientation vers les filières adaptées. Lorsqu’ils sont assimilés aux DMA, ces flux professionnels pèsent directement sur les budgets des collectivités.

L’enjeu est double. D’une part, améliorer la traçabilité et l’identification des flux professionnels. D’autre part, structurer les filières pour éviter une surcharge du service public.

Une pression financière croissante

Si les volumes se stabilisent, les coûts, eux, continuent de progresser. Le coût aidé des DMA atteint 232 € HT par habitant en 2023 (année de référence des coûts), en hausse de 15 % depuis 2019. Les seules OMR représentent 146 € HT par habitant, soit une augmentation de 23 %.

La collecte demeure le principal poste de dépense. Les spécificités territoriales — insularité, dispersion, contraintes logistiques — expliquent en partie ce niveau de coût. En parallèle, l’investissement en communication et en prévention reste limité.

Les recettes issues des recyclables, bien que significatives sur certains flux, ne compensent qu’à la marge les charges globales. Le verre couvre environ 33 % de son coût complet, les papiers et emballages 24 %, les déchèteries 11 %. Pour l’ensemble des flux, la part des recettes reste très faible.

Les déchets verts et les encombrants représentent à eux seuls 16 % du coût total aidé, soulignant l’impact financier des flux spécifiques.

Un modèle financé quasi exclusivement par la TEOM

Le financement du service public repose presque entièrement sur la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM). Le taux de couverture atteint 93 %. Le modèle est donc stable, mais peu diversifié.

Cette dépendance renforce la sensibilité du système aux évolutions de tonnages et aux coûts de traitement. Toute hausse structurelle se répercute mécaniquement sur les équilibres budgétaires locaux.

2024, année de transition avant 2026

Les objectifs ? réduire l’enfouissement, augmenter le volume et la qualité des recyclables, développer la valorisation locale et régionale. Mais plusieurs défis persistent.

Les refus de tri restent élevés. Certains flux, notamment issus des activités professionnelles et du bâtiment, demeurent difficiles à isoler. Les filières de valorisation ne couvrent pas encore l’ensemble des matériaux.

L’horizon 2026 apparaît stratégique. L’extension des consignes de tri, la modernisation des centres et la structuration des flux professionnels devraient transformer en profondeur l’organisation du système.

Un équilibre à consolider

En 2024, la Guadeloupe affiche des volumes globalement stabilisés, une progression du tri sur certains flux et une structuration accrue des déchèteries. Mais la pression financière reste forte, et la montée en puissance des déchets d’activité économique redessine les équilibres.

Le territoire est engagé dans une transition. Reste à transformer les progrès techniques en gains structurels durables, tout en maîtrisant les coûts. Les prochaines années seront déterminantes pour consolider ce nouvel équilibre.


déchets BTP

Consulter ici les chiffres clés des déchets et de l’économie circulaire en Guadeloupe – Bilan 2024

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