À Kourou, en Guyane, l’école élémentaire Émile Nézes fait l’objet d’un projet de rénovation mené dans un cadre peu commun pour un établissement scolaire : une démarche de concertation associant élèves, enseignants, parents et services publics. Conduite entre mars et juin 2025 par l’association AQUAA, en lien avec la Ville de Kourou, l’initiative s’inscrit dans le programme des Écoles Durables Tropicales en Guyane. L’objectif est d’améliorer le confort thermique et la qualité d’usage des espaces scolaires en climat tropical humide, avant le lancement des travaux portés par la collectivité.
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Pourquoi repenser la rénovation des écoles en climat tropical
En Guyane, le bâti scolaire est confronté à des contraintes spécifiques : chaleur persistante, forte humidité, pluies intenses, cours largement minérales et exposition aux îlots de chaleur.
À l’école Émile Nézes, les constats partagés par les usagers font état de cours très bitumées, de zones peu ombragées, de nuisances sonores liées aux pluies sur les toitures, ou encore de différences marquées de confort entre classes situées à l’étage et en rez-de-chaussée.
Dans ce contexte, une rénovation strictement technique montre vite ses limites. Le projet a donc choisi d’intégrer les usages réels et les pratiques quotidiennes au cœur de la réflexion, afin d’adapter la programmation aux besoins concrets des occupants.
Une concertation structurée et progressive
La démarche s’est déroulée en plusieurs phases, de mars à juin 2025. Une séance préalable de sensibilisation a d’abord permis aux acteurs adultes – enseignants, direction, parents, services municipaux, rectorat – de partager leurs expériences et d’approfondir les paramètres du confort à l’école en zone tropicale. En parallèle, des ateliers pédagogiques ont été menés avec les élèves, autour de la lecture des espaces, des notions de confort thermique, de biodiversité et de gestion des risques climatiques.
Cette approche a conduit à un diagnostic partagé, construit à partir des observations des enfants – réunis au sein d’une « brigade verte » – puis complété par les adultes. Bruit, chaleur, sécurité des sols, manque d’ombre ou de zones calmes ont été analysés espace par espace : cours, préaux, classes, cantine, plateau sportif.
La concertation s’est ensuite poursuivie par une phase de propositions, au cours de laquelle élèves et adultes ont formulé ensemble des pistes d’aménagement, avant une restitution publique lors de la fête de l’école en juin 2025.
Ce que le diagnostic révèle du confort scolaire
Le diagnostic met en lumière des problématiques largement partagées dans les établissements scolaires ultramarins. Les cours fortement minéralisées génèrent des surchauffes et des zones accidentogènes, tandis que certaines zones deviennent impraticables en saison des pluies en raison des stagnations d’eau.
Les préaux, bien que protecteurs, sont perçus comme trop chauds et trop bruyants. Les classes bénéficient d’une ventilation naturelle efficace à l’étage, parfois excessive, mais restent plus chaudes et moins protégées au rez-de-chaussée. À l’inverse, des espaces déjà végétalisés ou exposés aux alizés apparaissent comme plus agréables et plus utilisés par les élèves.
Des usages aux solutions : une programmation ajustée
À partir de ce diagnostic, la concertation a permis de faire émerger des solutions directement liées aux usages. Les élèves ont proposé des espaces végétalisés favorisant l’ombre et l’observation de la nature, des zones calmes dédiées à la lecture ou à la détente, des équipements sportifs mieux protégés du soleil, ainsi qu’un renforcement du potager pédagogique et de la récupération des eaux de pluie.
Les adultes ont complété ces propositions par des principes d’aménagement plus techniques : débitumisation ciblée, conservation des arbres existants, plantations d’arbres de haute tige, dispositifs d’ombrage, amélioration de la ventilation naturelle et protections solaires sur le bâti.
L’ensemble des propositions vise à transformer les cours minérales en îlots de fraîcheur, tout en intégrant les contraintes d’entretien et de durabilité des aménagements. Ces éléments ont vocation à alimenter la programmation des travaux à venir et les échanges avec l’équipe de maîtrise d’œuvre.
Un projet local aux enseignements plus larges
Au-delà du cas de l’école Émile Nézes, le projet illustre l’intérêt d’une approche participative pour la rénovation du bâti scolaire en Outre-mer. En articulant concertation, confort thermique et adaptation climatique, la démarche rejoint les objectifs portés par le Programme OMBREE, qui encourage des solutions sobres, adaptées aux contextes tropicaux et réplicables à l’échelle des territoires. Pour les collectivités, ce retour d’expérience souligne l’importance d’associer les usagers en amont afin d’orienter les choix techniques et d’améliorer l’appropriation future des espaces rénovés.
Et après ?
La phase de concertation achevée, le projet entre désormais dans une étape opérationnelle, avec des travaux qui seront portés par la Ville de Kourou. Les élèves et les parents d’élèves pourront, pour certains aménagements paysagers, être associés à la mise en œuvre. L’école Émile Nézes s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large de transformation des établissements scolaires guyanais, où le confort climatique et la qualité d’usage deviennent des leviers centraux de l’adaptation au changement climatique.









