
L’hiver 2024-2025 a rappelé avec force la vulnérabilité des territoires de l’océan Indien face aux aléas cycloniques. À quelques semaines d’intervalle, Mayotte et La Réunion ont été frappées par des phénomènes d’une intensité rare, entraînant des dégâts humains, matériels et économiques considérables. Dans ce contexte, l’expertise scientifique et technique du BRGM a joué un rôle central pour appuyer les autorités locales, sécuriser les populations et préparer l’après-crise.
Dans une interview accordée au BRGM à l’automne 2025, Ingrid Girardeau, directrice régionale à La Réunion, et Manuel Parizot, directeur régional par intérim à Mayotte, reviennent sur la mobilisation de leurs équipes face aux cyclones qui ont frappé les deux territoires.

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Anticiper les risques : cartographier pour mieux décider
À Mayotte comme à La Réunion, la prévention constitue un pilier essentiel de l’action du BRGM. L’établissement public produit les cartographies d’aléas des risques naturels, notamment celles liées aux mouvements de terrain et à la submersion marine. Ces documents techniques structurent l’action publique locale.
Comme le rappelle Ingrid Girardeau, « le BRGM produit les cartographies d’aléa des risques naturels, notamment les mouvements de terrain et la submersion marine ».
Elles permettent aux pouvoirs publics de réglementer l’urbanisation dans les secteurs les plus exposés, à travers les plans de prévention des risques naturels, et de limiter en amont l’exposition des biens et des personnes.
Cette connaissance fine du territoire s’avère d’autant plus cruciale que les cyclones combinent plusieurs aléas. Manuel Parizot souligne que « les cyclones, selon leur intensité, provoquent glissements de terrain, inondations, recul de berges ou encore submersion marine », ce qui impose une approche globale du risque.
Quand le cyclone frappe : une expertise mobilisée en urgence
Les cyclones Chido et Garance ont illustré cette complexité. En décembre 2024, CHIDO a dévasté Mayotte avec des rafales dépassant 220 km/h. Fin février 2025, GARANCE s’est abattu sur La Réunion, provoquant des précipitations intenses et de forts ruissellements. Sur chaque île, les pertes économiques ont été évaluées à plusieurs centaines de millions d’euros.
Durant la saison cyclonique, qui s’étend de novembre à mai, les équipes du BRGM sont placées en astreinte. Ingrid Girardeau explique que « nous sommes d’astreinte pour réaliser en urgence des diagnostics des risques géologiques, notamment sur les routes ».
Le BRGM est également intégré aux procédures de gestion de crise pilotées par les préfectures, en lien étroit avec les services de l’État, notamment la DEAL. Les expertises produites alimentent directement les décisions administratives prises dans l’urgence.
Après la tempête : diagnostics, décisions et responsabilité
Une fois l’événement passé, le travail ne fait que commencer. À La Réunion, après le passage du cyclone Garance, plus de 130 diagnostics de risques géologiques ont été réalisés sur des habitations, notamment dans des secteurs fortement exposés comme la ravine du Butor. Ces analyses conditionnent des décisions lourdes de conséquences. « C’est sur la base de nos comptes-rendus que les autorités prennent des arrêtés d’évacuation et d’interdiction d’accès », précise Ingrid Girardeau.
L’ampleur de la mobilisation a parfois nécessité le renfort de collègues venus de métropole, tandis que d’autres agents validaient les livrables. Ces documents engagent la responsabilité du BRGM et peuvent avoir « des conséquences majeures pour la population », rappelant le poids technique et humain de ces expertises.
Mayotte : gérer l’urgence et penser la reconstruction
À Mayotte, le contexte est sensiblement différent. L’île n’avait pas connu de cyclone d’une telle violence depuis près d’un siècle. Manuel Parizot souligne que « Mayotte n’a pas la même culture du risque vis-à-vis de ce type d’événements ». Après Chido, la priorité a été donnée au rétablissement des services de base, d’autant qu’une nouvelle tempête, Dikélédi, a frappé l’île en janvier 2025.
Les interventions du BRGM se sont donc inscrites dans un temps plus long, avec des expertises de terrain menées plus de deux mois après le passage du cyclone. Les comptes-rendus produits ne se limitent pas à l’évaluation immédiate des dégâts. Ils formulent également des recommandations de long terme, « principalement en termes d’études à mener », afin de réduire durablement l’exposition aux risques cycloniques.
Expliquer, accompagner, reconstruire
Au-delà des diagnostics, le BRGM poursuit son action auprès des autorités et des populations. À la demande des collectivités, ses équipes participent à des réunions publiques pour expliquer les risques encourus et la nécessité de certaines mesures, comme l’évacuation d’habitations situées en fond de ravine ou construites illégalement.
Elles interviennent également dans les procédures de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle et accompagnent les visites officielles de représentants de l’État.
À Mayotte, le BRGM a par ailleurs été consulté dans le cadre de l’élaboration de la loi pour la reconstruction de l’île. Manuel Parizot indique que les équipes se tiennent « à la disposition des autorités pour mettre en œuvre ce programme ambitieux, qui vise à faire de Mayotte une île durable et résiliente ».
Une reconnaissance institutionnelle et une stratégie de long terme
L’engagement des équipes n’est pas passé inaperçu. Le 28 novembre 2025, Ingrid Girardeau a reçu la médaille d’honneur de l’engagement ultramarin, échelon or, remise par la ministre des Outre-mer. Cette distinction vient saluer une mobilisation collective face à une situation exceptionnelle, mais aussi le travail quotidien mené par le BRGM au service des territoires exposés aux risques naturels.

© BRGM
Cette reconnaissance s’inscrit dans une dynamique plus large. Le 16 décembre 2025, le BRGM et la Région Réunion ont signé un Contrat d’Objectifs, de Moyens et de Performance pour la période 2025-2028.
Ce partenariat stratégique repose sur 2 axes majeurs :
- l’amélioration de la connaissance géologique profonde de l’île, notamment pour soutenir la souveraineté énergétique via la géothermie,
- l’étude des risques naturels et des impacts des cours d’eau sur le littoral.
Des objectifs transversaux, en particulier la gestion durable de l’eau, complètent cette feuille de route.

© BRGM
De la gestion de crise à la résilience des territoires
Présent à La Réunion depuis 1974, le BRGM s’inscrit dans le temps long. Son expertise sur les risques naturels, la gestion de l’eau, la géologie du sous-sol et la transition énergétique constitue un socle essentiel pour accompagner les collectivités et l’État. Les cyclones récents ont mis en lumière l’importance de cette interface entre science, décision publique et terrain.
À Mayotte comme à La Réunion, l’enjeu dépasse désormais la seule réponse à l’urgence. Il s’agit de renforcer la résilience des territoires, d’anticiper les effets du changement climatique et de sécuriser durablement les populations face à des événements appelés à devenir plus fréquents et plus intenses.
Source : BRGM








