Dans les territoires ultramarins, l’habitat concentre de manière aiguë les effets du changement climatique. Cyclones, submersions marines, fortes chaleurs, inondations et humidité chronique affectent directement les logements et les conditions de vie des populations. Selon Les Dossiers de la Fédération nationale des agences d’urbanisme (FNAU), n°65 – décembre 2025, les Outre-mer cumulent des vulnérabilités environnementales, sociales et foncières qui font du logement l’un des premiers secteurs exposés aux impacts climatiques, mais aussi un levier central de l’adaptation territoriale.
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Un parc de logements fortement exposé aux aléas climatiques
Les aléas climatiques affectant les Outre-mer ne relèvent plus de l’exception. Le dossier FNAU rappelle que ces territoires concentrent la quasi-totalité des risques climatiques majeurs observés en France : cyclones dans l’océan Indien et les Caraïbes, submersion marine et érosion littorale, stress thermique, épisodes de pluies intenses et crises sanitaires associées.
Dans ce contexte, le parc de logements existant apparaît particulièrement vulnérable. Une part significative du bâti a été construite selon des modèles peu adaptés aux contraintes tropicales actuelles : insuffisante protection solaire, mauvaise ventilation naturelle, implantation en zones exposées aux risques.
Cette fragilité est accentuée par la présence d’un habitat informel important dans plusieurs territoires, notamment à Mayotte et en Guyane, où les quartiers spontanés concentrent des logements précaires, souvent situés dans des zones à risques.
Le dossier souligne ainsi que l’habitat constitue le premier point de contact entre les aléas climatiques et les populations. Lorsque les logements sont touchés, ce sont immédiatement la sécurité, la santé et la continuité de la vie quotidienne qui sont affectées.
Le foncier, principal verrou de l’adaptation de l’habitat
Au-delà des techniques constructives, la FNAU met en évidence un frein majeur à l’adaptation de l’habitat : la question foncière. Dans les Outre-mer, le foncier constructible est rare et fortement contraint. La protection des espaces naturels, la topographie, les risques naturels, mais aussi des statuts fonciers spécifiques ou coutumiers limitent fortement les possibilités de construction et de relocalisation.
Cette contrainte devient critique face à l’érosion côtière et à la submersion marine. En Martinique, par exemple, 13 communes sont directement menacées par l’érosion du littoral, et selon des estimations reprises dans le dossier FNAU, 9 à 13 % de la superficie de l’île pourraient disparaître d’ici 2100. Dans ce contexte, adapter l’habitat suppose parfois de déplacer les logements vers l’arrière-pays, une opération complexe tant sur le plan juridique que social.
Le document insiste sur le fait que l’adaptation de l’habitat ne peut être dissociée d’une stratégie foncière à long terme. Sans maîtrise foncière, les solutions techniques restent largement inopérantes.
Construire avec le climat : le retour du bioclimatique
Face à ces limites, plusieurs territoires ultramarins expérimentent des approches alternatives, mises en avant dans le dossier FNAU. L’urbanisme et l’architecture bioclimatiques apparaissent comme des leviers structurants pour adapter l’habitat aux conditions tropicales.
En Guyane, par exemple, des démarches portées par des acteurs locaux mettent l’accent sur l’orientation des bâtiments face aux vents dominants, la ventilation naturelle, la protection solaire et l’intégration de la végétation pour limiter la surchauffe. Ces principes, souvent issus de savoir-faire traditionnels, permettent de réduire le recours à la climatisation tout en améliorant le confort thermique.
Le dossier souligne également les limites des modèles standardisés importés de l’Hexagone, conçus pour des climats tempérés. Leur transposition directe dans les Outre-mer génère des surcoûts énergétiques et une moindre résilience face aux aléas climatiques. Adapter l’habitat suppose donc de repenser les formes bâties en fonction des contextes locaux, plutôt que d’appliquer des solutions uniformes.
Reconstruction et logement social : des leviers à grande échelle
Les épisodes climatiques récents ont mis en lumière le rôle stratégique de la reconstruction post-crise. À Mayotte et à La Réunion, frappées par plusieurs cyclones entre 2024 et 2025, la reconstruction des logements est devenue un enjeu central de résilience. La Banque des Territoires, citée dans le dossier FNAU, a ainsi mobilisé 600 millions d’euros de prêts bonifiés “catastrophes naturelles” pour financer des opérations de reconstruction adaptées et résilientes, notamment dans le parc social.
Le logement social apparaît dans ce contexte comme un levier d’adaptation à grande échelle. En Polynésie française, le dispositif du Fare OPH illustre cette dynamique. Selon les données reprises par la FNAU, environ 450 logements de type fare sont construits chaque année, avec une nette préférence pour des logements dispersés, mieux intégrés aux contraintes climatiques et aux usages locaux.
Ces opérations montrent que la reconstruction peut dépasser la simple réparation pour devenir un outil de transformation durable des formes d’habitat, à condition d’être intégrée dans une vision territoriale cohérente.
Adapter l’habitat, une question aussi sociale
Le dossier FNAU insiste enfin sur une dimension souvent sous-estimée : l’acceptabilité sociale de l’adaptation. Relocaliser des logements, transformer des quartiers ou modifier les formes d’habitat touche directement aux modes de vie, aux attaches foncières et à l’identité des territoires ultramarins.
L’adaptation de l’habitat suppose également de structurer des filières locales de matériaux et de compétences, de former les professionnels du BTP et de soutenir l’ingénierie locale. Sans cet accompagnement, les solutions innovantes risquent de rester marginales ou inaccessibles aux populations les plus vulnérables.
Un enjeu structurant pour l’avenir des Outre-mer
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En première ligne face au changement climatique, les territoires ultramarins expérimentent déjà des solutions qui pourraient inspirer d’autres régions exposées. À condition que ces démarches soient consolidées, financées et intégrées aux politiques publiques, l’habitat ultramarin peut devenir un véritable laboratoire de l’adaptation climatique.










