La transition énergétique des bâtiments se heurte encore à un angle mort majeur : la chaleur. En France, elle représente près de la moitié de la consommation énergétique, entre chauffage, eau chaude sanitaire et usages industriels, tout en restant largement dépendante d’énergies fossiles comme le gaz ou le fioul. Pour les collectivités, l’enjeu ne consiste plus seulement à encourager des solutions techniques, mais à structurer une trajectoire de décarbonation cohérente, à la bonne échelle. C’est dans ce contexte qu’émerge BatENR, un outil conçu pour éclairer les choix énergétiques à partir du bâti lui-même.
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La chaleur, un enjeu central mais longtemps traité à la marge
Contrairement à l’électricité, la chaleur s’inscrit dans des réalités territoriales complexes. Les bâtiments présentent des profils de besoins très contrastés, les gisements d’énergies renouvelables thermiques varient fortement d’un site à l’autre, et l’arbitrage entre solutions individuelles et collectives reste délicat.
Jusqu’ici, la planification énergétique s’appuyait souvent sur des approches globales, utiles à l’échelle d’un territoire, mais insuffisantes pour guider des décisions fines, bâtiment par bâtiment.
Or ce sont précisément ces choix, cumulés à l’échelle locale, qui conditionnent l’efficacité réelle des politiques de décarbonation.
BatENR, un changement d’échelle dans la lecture énergétique du bâti
Initié en 2025, BatENR s’inscrit dans les outils développés par le Cerema pour accompagner les collectivités dans cette phase plus opérationnelle de la transition. L’outil propose une lecture détaillée des potentiels en énergies renouvelables thermiques, à l’échelle du bâtiment résidentiel comme tertiaire.
L’approche marque une rupture méthodologique : il ne s’agit plus seulement d’identifier des ressources sur un territoire, mais de croiser les caractéristiques du bâti, les besoins énergétiques et les solutions mobilisables localement.
Cette logique permet de mieux qualifier les marges de décarbonation, sans présumer à l’avance de la solution à retenir. Réseau de chaleur, géothermie, solaire thermique, bois-énergie ou encore aérothermie : BatENR n’oriente pas vers un choix unique, mais met en visibilité les options pertinentes selon les contextes.
Des modules pensés pour passer du diagnostic à la décision
BatENR s’appuie sur plusieurs modules complémentaires, conçus pour accompagner progressivement la montée en précision de l’analyse.
BatENR : objectiver les potentiels à l’échelle du bâti
Ce premier module propose une visualisation dynamique des bâtiments, de leurs caractéristiques énergétiques et des ressources renouvelables thermiques disponibles à proximité.
Il constitue une base de lecture essentielle pour qualifier les gisements et disposer d’un socle commun d’analyse.
BatENR expert : cibler, prioriser, changer d’échelle
En autorisant un ciblage selon des critères définis par l’utilisateur, BatENR expert facilite l’identification de groupes de bâtiments prioritaires. Il offre également une lecture synthétique à l’échelle d’une commune ou d’un EPCI, étape clé pour articuler décisions techniques et stratégies territoriales.
BatENR 2050 : intégrer la dimension prospective
Intégré au module BatENR expert, BatENR 2050 introduit une approche prospective. Les potentiels en énergies renouvelables thermiques y sont évalués au regard de besoins énergétiques projetés à l’horizon 2050, calculés à partir des scénarios « Transition(s) 2050 » de l’ADEME.
L’outil devient alors un support d’anticipation, en cohérence avec les trajectoires de long terme.
BatENR et EnRezo, deux lectures complémentaires de la chaleur
BatENR ne se substitue pas aux outils existants de planification territoriale ; il les complète. Il s’inscrit dans la continuité d’EnRezo, qui cartographie les besoins en chaleur et en froid, les infrastructures existantes et les gisements d’énergies renouvelables et de récupération à l’échelle d’un territoire.
Là où EnRezo raisonne en zones d’opportunité pour les réseaux de chaleur et de froid, BatENR affine la lecture à l’échelle du bâti.
Cette articulation se révèle déterminante. Les modules d’EnRezo, notamment Mix EnR, permettent de simuler des mix énergétiques à partir de ressources locales telles que la chaleur fatale industrielle, les unités de valorisation énergétique, les datacenters, les stations de traitement des eaux usées, la géothermie, la thalassothermie, le solaire thermique ou le bois-énergie.
BatENR vient nourrir ces analyses en apportant une connaissance plus fine des besoins et des potentiels bâtiment par bâtiment, condition indispensable pour sécuriser les choix d’investissement.
Un outil au service de la planification énergétique locale
Au-delà de l’analyse technique, BatENR s’impose comme un véritable outil d’aide à la décision publique.
Il permet de dresser un état des lieux des consommations de chaleur et de froid, d’identifier les installations existantes et de mesurer les besoins non couverts. Il offre également une base solide pour projeter l’évolution des usages et planifier la décarbonation à moyen et long terme.
Dans un contexte où les collectivités doivent arbitrer entre rénovation énergétique, développement des réseaux de chaleur et déploiement de solutions individuelles, cette capacité à objectiver les choix devient un levier stratégique.
BatENR ne fournit pas de solution clé en main, mais structure la réflexion et éclaire les priorités.
Une perspective spécifique pour les territoires ultramarins
Un module BatENR DROM est actuellement en développement afin d’adapter la méthodologie aux territoires d’Outre-mer. Cette évolution répond à des réalités climatiques, énergétiques et urbaines spécifiques, où les besoins en froid, la disponibilité des ressources et les contraintes du bâti diffèrent sensiblement de l’Hexagone.
Elle ouvre la voie à une planification plus fine de la chaleur et du froid dans des contextes souvent insuffisamment couverts par les outils standards.









