Plan eau DOM : une nouvelle phase s’ouvre pour les infrastructures d’eau en OUTRE-MER

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Réservoir de Morne Pitault 2 sur la commune de Ducos (Martinique) © Équipe projet Plan eau DOM de la Martinique

Huit ans après son lancement, le Plan eau DOM entre dans une nouvelle phase. Entre 2016 et 2024, 1,1 milliard d’euros ont été engagés pour améliorer les services d’eau potable et d’assainissement dans les territoires ultramarins. En 2024, la solidarité interbassins passe de 20 à 35 millions d’euros, avant d’atteindre 55 millions dès 2025. Dans le même temps, une circulaire interministérielle publiée le 12 juillet 2024 redéfinit les priorités d’action et prépare les contrats de progrès de deuxième génération.

Au-delà des montants, le rapport d’activité 2024 met en lumière un changement d’approche. Face aux cyclones, aux sécheresses et aux tensions croissantes sur la ressource, la question n’est plus seulement celle du rattrapage des infrastructures. Elle devient celle de leur résilience, de leur performance et de leur capacité à assurer la continuité du service public dans des territoires particulièrement exposés.

Des financements en hausse, des exigences renforcées

L’augmentation progressive de la solidarité interbassins illustre ce changement d’échelle. L’enveloppe, fixée à 20 millions d’euros en 2023, est passée à 35 millions en 2024, pour atteindre 55 millions d’euros à partir de 2025.

Les taux standards d’intervention ont été relevés à 60 % pour les études et 40 % pour les travaux, avec des bonifications pouvant atteindre +20 % pour les solutions fondées sur la nature et +40 % pour la réutilisation des eaux traitées.

L’État ne finance plus uniquement des opérations de mise à niveau. Il oriente désormais les investissements vers des projets structurants, techniquement matures et intégrés dans une stratégie territoriale cohérente.

La circulaire interministérielle du 12 juillet 2024, prise en réponse à la mesure 67 du Comité interministériel des Outre-mer, précise clairement les priorités : renforcement de la gouvernance au niveau des EPCI, sécurisation de la qualité de l’eau destinée à la consommation humaine, intégration des politiques d’eau dans les stratégies d’aménagement et prise en compte de la planification écologique.

Ce repositionnement traduit une réalité : les financements augmentent, mais ils s’accompagnent d’une exigence accrue en matière de pilotage et d’ingénierie.

Des indicateurs qui révèlent une fracture territoriale persistante

Le rapport met en lumière un paradoxe. Sur le plan sanitaire, la qualité de l’eau distribuée est globalement satisfaisante, avec des taux de conformité compris entre 98 % et 100 %. Pourtant, les indicateurs structurels témoignent d’une fragilité persistante de certains services.

L’objectif de rendement de 80 % est jugé « illusoire » pour les collectivités partant d’un niveau très bas. Le document rappelle d’ailleurs qu’il est irréaliste d’appliquer uniformément ce seuil sans tenir compte des situations initiales.

Les services les plus dynamiques continuent de progresser, tandis que les plus fragiles peinent à entrer dans une dynamique d’amélioration continue.

Le contraste est particulièrement frappant en matière d’assainissement. À Mayotte, seuls 19 % de la population sont connectés à un réseau de collecte des eaux usées, contre environ 80 % en métropole. Cette donnée illustre l’ampleur du chantier encore à mener dans certains territoires.

La difficulté ne réside pas uniquement dans la construction d’ouvrages. Elle concerne aussi la remontée des données, la fiabilité des indicateurs financiers, la capacité à planifier et prioriser les investissements. La performance technique ne peut être dissociée de la solidité budgétaire et organisationnelle.

2024 : l’année où le risque climatique s’impose

Les événements climatiques récents ont accéléré cette prise de conscience. Cyclones CHIDO et DIKELEDI à Mayotte, sécheresses sévères en Guyane et en Martinique, intrusion saline dans certains cours d’eau : l’année 2024 a mis en évidence la vulnérabilité des infrastructures hydrauliques ultramarines.

Le rapport le souligne sans ambiguïté : « Ces événements témoignent de l’urgence à renforcer de manière durable la gestion partagée des ressources en eau, ainsi que les infrastructures dédiées à leur gestion et à leur traitement. » Cette phrase résume l’enjeu stratégique du prochain cycle 2025-2030.

L’eau devient une infrastructure critique. Non plus seulement un service public essentiel, mais un maillon stratégique exposé aux chocs climatiques, aux tensions sur la ressource et aux aléas géographiques.

Les futurs investissements devront intégrer cette dimension de résilience, qu’il s’agisse de sécurisation des captages, de modernisation des réseaux, de gestion des eaux pluviales ou d’adaptation des systèmes d’assainissement.

Gouvernance et ingénierie : le véritable point de bascule

Au-delà des montants financiers, le rapport insiste sur un levier central : la gouvernance. Le renforcement du rôle des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre apparaît comme un axe prioritaire.

Les futurs contrats de progrès de deuxième génération devront s’appuyer sur des diagnostics consolidés, des objectifs mesurables et une programmation réaliste des investissements.

Autre chantier structurant : la formation et l’ingénierie locale. Le lancement du Master « Métiers de l’Eau » à La Réunion, la convention signée avec l’ENGEES en septembre 2024 et le recensement des besoins en compétences témoignent d’une volonté claire de structurer la filière.

Dans des territoires où le taux de chômage dépasse 20 %, mais où les métiers de l’eau manquent de cadres qualifiés, l’enjeu dépasse la seule technique : il s’agit de stabiliser durablement les services.

Le document le rappelle dès son introduction : « Ces contraintes exigent des solutions adaptées et durables pour garantir la sécurité sanitaire des populations et protéger les écosystèmes locaux. »

L’adaptation passe par des infrastructures performantes, mais aussi par des équipes capables de les concevoir, les exploiter et les maintenir.

2025–2030 : un changement d’échelle pour les entreprises

La phase qui s’ouvre ne sera pas une simple poursuite du rattrapage. Elle s’apparente à une transformation structurelle.

Les investissements à venir concerneront la réhabilitation lourde des réseaux, la modernisation des stations d’épuration, l’adaptation des dispositifs d’assainissement non collectif aux contraintes climatiques tropicales, ou encore le développement de solutions fondées sur la nature.

La révision de la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines (DERU2) et sa transposition en droit national ajouteront une couche réglementaire supplémentaire. Les projets devront intégrer des exigences environnementales renforcées, des objectifs de performance plus stricts et une attention accrue à la sobriété et à la réutilisation des ressources.


Plan eau DOM

Consulter ici le rapport d’activité 2024 – PLAN EAU DOM 

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