En janvier 2026, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a publié un avis consacré à un enjeu devenu central pour les territoires : l’exposition croissante des infrastructures aux effets du changement climatique. Routes, ponts, réseaux d’eau, d’énergie ou de transport constituent un patrimoine indispensable au fonctionnement économique et social du pays. Or, selon le CESE, ces infrastructures se trouvent aujourd’hui confrontées à une double fragilisation, à la fois structurelle et climatique.
—
Le document rappelle que les effets du réchauffement ne relèvent plus d’un scénario prospectif. Vagues de chaleur, précipitations extrêmes, inondations, glissements de terrain ou submersions marines affectent déjà les réseaux et accélèrent leur dégradation. Ces phénomènes gagnent en fréquence et en intensité, dans un contexte où une part significative des infrastructures françaises présente un état de vétusté avancé.
La « dette grise » et le risque climatique : un double facteur de fragilisation
Au cœur de l’analyse figure la notion de « dette grise ». Elle désigne l’accumulation, sur plusieurs décennies, des retards d’entretien, de maintenance et de renouvellement des infrastructures. Routes, ponts, réseaux ferroviaires, fluviaux ou d’eau potable sont particulièrement concernés.
Selon le CESE, cette dette grise rend les ouvrages plus sensibles aux aléas climatiques. Les fortes chaleurs déforment les chaussées, les épisodes de crue fragilisent les ponts, les réseaux d’eau subissent des tensions accrues liées à la raréfaction de la ressource ou aux phénomènes extrêmes. Le changement climatique agit ainsi comme un accélérateur de dégradation sur des infrastructures déjà fragilisées.
Des coûts d’adaptation en forte hausse, entre urgence et opportunité économique
Cette situation entraîne une augmentation significative des besoins d’investissement. Les ordres de grandeur avancés par le CESE illustrent l’ampleur du défi. Les investissements nécessaires pour anticiper et réparer les effets de la dérive climatique sur les infrastructures sont estimés entre 1,5 et 2 milliards d’euros par an selon Carbone 4.
La Fédération nationale des travaux publics (FNTP) évoque, pour sa part, près de 4,5 milliards d’euros d’investissements additionnels annuels à prévoir entre 2021 et 2050.
Le CESE souligne que la prévention demeure globalement plus efficace et moins coûteuse que la réparation. À l’inverse, le coût de l’inaction s’avèrerait supérieur à celui d’une stratégie d’adaptation anticipée.
L’avis rappelle également que ces investissements peuvent constituer des opportunités économiques, notamment pour la filière des travaux publics, de l’ingénierie et de la maintenance, à condition d’adopter une approche systémique et coordonnée.
Outre-mer : des territoires en première ligne face au changement climatique
Les territoires d’outre-mer occupent une place centrale dans l’avis du CESE. Ils sont identifiés comme les zones les plus exposées aux effets du changement climatique, avec des impacts attendus à un horizon temporel plus rapproché que dans l’Hexagone.
La montée du niveau de la mer, les submersions marines, ainsi que l’exposition accrue aux cyclones et ouragans exercent une pression forte sur des infrastructures souvent concentrées en zones littorales.
Cette vulnérabilité spécifique renforce l’urgence d’une adaptation différenciée des réseaux ultramarins. Le CESE insiste sur la nécessité de prendre en compte les contraintes propres à ces territoires, tant du point de vue géographique que structurel, afin d’éviter une aggravation des risques et des coûts à moyen et long terme.
Gouvernance et leviers d’action : une mobilisation encore insuffisante
L’avis rappelle que des outils existent déjà, notamment le Plan national d’adaptation au changement climatique et la trajectoire de référence de réchauffement à +4 °C à l’horizon 2100. Toutefois, le CESE rejoint le constat du Haut Conseil pour le climat : malgré une prise de conscience progressive, le déficit d’adaptation continue de se creuser, en raison de financements insuffisants et d’une gouvernance encore fragmentée.
Pour le CESE, l’enjeu est désormais de dépasser la phase de diagnostic et d’engager une mobilisation plus structurée, fondée sur une priorisation claire des investissements et une meilleure coordination entre l’État, les collectivités et les gestionnaires d’infrastructures.
À travers cet avis, l’institution appelle à considérer l’adaptation des infrastructures comme un levier stratégique de résilience territoriale. Un enjeu national majeur, qui revêt une acuité particulière dans les territoires ultramarins, déjà en première ligne face aux effets du changement climatique.
Cliquez pour télécharger










