La CERC Guyane vient de publier son livret de conjoncture 2025. À première lecture, le secteur de la construction affiche une activité solide. Mais derrière cette dynamique apparente, plusieurs signaux statistiques dessinent déjà une évolution de cycle plus nuancée.
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Une activité qui reste solide sur le terrain
En volume, la production reste bien orientée. Le territoire a livré 1 398 logements sur l’année, tandis que les mises en chantier progressent sur douze mois pour atteindre 1 100 unités, en hausse de 9,4 %. Cette progression s’appuie surtout sur l’individuel groupé, dont les démarrages bondissent de plus de 80 %.
Le non résidentiel, lui aussi, accélère nettement : les surfaces de locaux commencés augmentent de plus de 110 %, portées par une multiplication des opérations destinées aux commerces (+64 %) et aux entrepôts (+135 %). Sur le terrain, ces chiffres se traduisent par un volume réel de chantiers qui reste élevé.
Le tertiaire comme moteur conjoncturel
Ce dynamisme repose largement sur le tertiaire marchand. La conjoncture économique régionale confirme une hausse de l’activité dans les secteurs du transport-entreposage et de l’hébergement-restauration, avec une progression d’environ 5 % du volume d’heures rémunérées.
Autrement dit, ce n’est pas le bâtiment qui entraîne l’économie locale : c’est l’activité économique qui alimente la demande de construction, notamment pour les infrastructures logistiques et commerciales.
Les signaux faibles qui interpellent déjà
Pourtant, en arrière-plan, plusieurs indicateurs avancés se dégradent. Les autorisations de logements reculent de 20 % sur un an, avec une chute marquée du collectif (−29,2 %). Or ces permis constituent l’un des meilleurs baromètres de l’activité future.
Le marché du travail envoie le même type de signal. Depuis le début de l’année, la masse salariale du BTP diminue de 2 %, les effectifs reculent de 3 %, et le volume d’heures rémunérées baisse de 2,7 % au troisième trimestre.
Le travail intérimaire confirme cette tendance avec un repli de plus de 25 % sur les moyennes récentes. Ce type d’évolution intervient généralement en amont d’un ralentissement d’activité, les entreprises ajustant leurs ressources avant que la baisse ne soit visible sur les chantiers.
Une phase charnière plutôt qu’un retournement ?
Ce décalage entre activité actuelle et indicateurs prospectifs correspond à une mécanique classique des cycles du bâtiment. Les opérations engagées continuent d’alimenter la production pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années, même lorsque les carnets futurs commencent à se contracter. Les professionnels surveillent donc moins les volumes en cours que les permis, l’emploi ou l’intérim, car ce sont eux qui traduisent les anticipations économiques.
Le marché guyanais semble ainsi entrer dans une phase charnière plutôt que dans un retournement brutal. L’activité reste réelle, soutenue par les projets tertiaires, mais la trajectoire se réoriente progressivement.
Le secteur ne décroît pas encore : il se repositionne. Les prochains trimestres diront si ce mouvement correspond à un simple ajustement conjoncturel ou à un changement de rythme plus durable.
Source : Conjoncture de la construction 2025 par la CERC GUYANE









