GUYANE. Le SRDEII 2022-2028 à l’épreuve des réalités économiques

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SRDEII

Le Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) 2022-2028 marque une étape structurante pour la Guyane. Adopté par la Collectivité Territoriale de Guyane dans un contexte de fortes tensions économiques et sociales, ce document ne se limite pas à un catalogue d’orientations. Il propose une trajectoire, assume des choix et révèle, en creux, les contraintes profondes auxquelles le territoire doit faire face. Derrière l’architecture institutionnelle, le SRDEII dessine une lecture stratégique de l’économie guyanaise, de ses fragilités structurelles comme de ses leviers de transformation.

Une croissance démographique qui bouscule l’équilibre économique

Le diagnostic posé par le schéma est sans détour. La Guyane connaît une croissance démographique soutenue, autour de 5 000 habitants supplémentaires par an, qui constitue à la fois un potentiel et une pression permanente sur l’économie locale.

Cette dynamique ne se traduit pas mécaniquement par une création de richesse équivalente. Le PIB progresse, mais le PIB par habitant recule, conséquence directe d’un rythme de croissance économique insuffisant pour absorber l’augmentation de la population.

Le marché du travail reste marqué par un taux de chômage élevé, avec des pics particulièrement forts chez les jeunes, tandis que le taux d’emploi demeure structurellement bas. Ces déséquilibres traduisent une difficulté persistante à convertir la croissance démographique en emplois durables et qualifiés.

Un tissu économique fragmenté et sous tension

La structure du tissu productif reflète ces fragilités. La Guyane se caractérise par une très forte proportion de très petites entreprises, souvent sans salarié, et par un poids important de l’économie informelle. Cette réalité limite la productivité, freine l’investissement et complique la structuration des filières économiques.

Paradoxalement, le territoire affiche un taux de création d’entreprises supérieur à la moyenne nationale. Mais ces créations s’accompagnent de taux de survie plus faibles, révélant une fragilité structurelle du parcours entrepreneurial.

Le SRDEII met ainsi en lumière un enjeu central : créer des entreprises ne suffit pas, encore faut-il leur permettre de se consolider et de franchir des seuils de développement.

Une dépendance extérieure toujours marquée

À ces fragilités internes s’ajoute une dépendance extérieure persistante. La balance commerciale demeure structurellement déficitaire, avec des importations largement supérieures aux exportations.

Cette situation traduit une économie encore largement tournée vers la consommation de biens importés, malgré l’existence de ressources locales importantes, qu’il s’agisse de l’agriculture, du bois, des bioressources ou de certaines filières industrielles.

Le secteur public et le spatial continuent de jouer un rôle moteur dans la création de valeur. Toutefois, cette concentration limite la diversification du système productif et renforce la vulnérabilité de l’économie face aux chocs externes.

Cinq enjeux structurants pour changer de trajectoire

C’est à partir de ce constat que le SRDEII identifie cinq enjeux majeurs :

  • renforcer la compétitivité des entreprises
  • diversifier l’économie à partir des ressources locales
  • positionner la Guyane comme acteur régional en Amérique du Sud
  • réduire les fractures économiques et territoriales
  • professionnaliser les réseaux d’accompagnement

Pris isolément, ces enjeux ne sont pas nouveaux. Leur intérêt réside dans leur articulation. Le schéma fait le choix assumé d’une politique de l’offre, centrée sur la structuration du tissu économique et la montée en compétence des acteurs, plutôt que sur une simple logique de redistribution.

Neuf orientations pour passer du diagnostic à l’action

Les neuf orientations stratégiques traduisent cette ambition. Certaines renforcent des leviers déjà existants, comme la mobilisation de la commande publique ou l’accompagnement des entreprises. D’autres cherchent à combler des angles morts historiques, à commencer par la formalisation des activités économiques.

La valorisation durable des ressources locales occupe une place centrale. Le SRDEII ne se contente pas d’identifier un potentiel ; il insiste sur la nécessité de structurer les filières, de favoriser la transformation locale et de créer de la valeur ajoutée sur le territoire.

L’objectif est de réduire la dépendance aux importations tout en s’inscrivant dans une logique de développement durable adaptée aux spécificités amazoniennes.

Innovation et numérique, des leviers transversaux

L’innovation et le numérique sont présentés comme des leviers transversaux de transformation. Le schéma met en avant la transformation numérique des TPE, la diffusion de l’innovation au-delà des pôles de recherche et le rôle structurant de l’Université de Guyane dans l’écosystème local.

L’enjeu dépasse la seule technologie. Il s’agit de créer des passerelles durables entre recherche, formation et tissu économique, dans un territoire où les compétences constituent encore un facteur limitant majeur.

Une ambition régionale à l’épreuve du terrain

La dimension internationale du SRDEII dépasse la seule question des exportations. En positionnant la Guyane au cœur de la dynamique sud-américaine, le schéma reconnaît les opportunités offertes par son environnement régional, mais aussi les défis associés.

Le développement du Guyana voisin, porté par l’exploitation des hydrocarbures, est identifié comme un facteur de transformation majeur. Cette dynamique pourrait générer des besoins en infrastructures et en compétences auxquels la Guyane pourrait répondre, à condition de structurer son offre économique et de renforcer son attractivité.

Gouvernance et accompagnement, conditions de réussite

Au-delà des orientations sectorielles, le SRDEII insiste sur la gouvernance. La CTG se positionne comme collectivité stratège, chargée de coordonner, d’animer et d’évaluer l’action économique à l’échelle du territoire.

Le Plan territorial de l’accompagnement des entreprises, les conventions avec les chambres consulaires et la mise en réseau des acteurs visent à dépasser la fragmentation des dispositifs existants.

Cette ambition de cohérence constitue l’un des paris majeurs du schéma. Sans coordination effective et sans capacité d’exécution locale, les leviers identifiés risquent de perdre en efficacité.

À qui profitera réellement le SRDEII ?

Une question traverse l’ensemble du document. Les dispositifs décrits semblent mieux adaptés aux entreprises déjà structurées qu’aux acteurs les plus fragiles ou informels.

L’économie sociale et solidaire occupe une place reconnue, avec des outils dédiés et des objectifs affichés en matière d’emploi, mais son intégration effective dépendra de l’ingénierie financière et de l’accompagnement opérationnel mis en œuvre.

La capacité du territoire à absorber les dispositifs, à mobiliser les entreprises et à transformer les intentions en projets concrets sera déterminante.


SRDEII

Consulter ici le SCHÉMA RÉGIONAL DEDÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE D’INNOVATION ET D’INTERNATIONALISATION 2022 – 2028 


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