« Bâtissons 2026 : Perspectives, Chiffres et Talents de demain »
Le CFA BTP de Ducos a réuni professionnels, institutionnels et demandeurs d’emploi autour des perspectives du secteur de la construction pour 2026
Vendredi 30 janvier 2025, le Centre de Formation d’apprentis du Bâtiment et des Travaux Publics (CFA BTP) de Ducos a accueilli une quarantaine de participants à l’occasion d’un événement inédit, le premier afterwork consacré aux métiers de la construction, organisé par l’OF/CFA BTP autour du thème « Bâtissons 2026 : perspectives, chiffres et talents de demain », une soirée qui a réuni professionnels du secteur, représentants institutionnels, demandeurs d’emploi et porteurs de projets, et qui a été largement saluée pour la qualité des échanges, l’intérêt constant manifesté par le public et les nombreuses questions venues ponctuer les interventions, avec pour objectif central de mettre en relation directe l’offre et la demande en donnant à voir les réalités du BTP, ses besoins immédiats et ses opportunités à moyen terme, une ambition concrétisée par un format volontairement dynamique articulé en deux temps complémentaires : un Flash métiers & opportunités, suivi d’un cocktail de networking favorisant les rencontres et les échanges informels.
Un secteur vital mais en tension
La soirée s’est ouverte sur un constat partagé par l’ensemble des intervenants : le BTP martiniquais traverse une période charnière. Michel Nérovique, de la Cellule Économique Régionale de la Construction (CERC), a dressé un tableau sans concession de la situation actuelle.
« L’activité du secteur subit actuellement une crise »,
a-t-il expliqué, soulignant la raréfaction des grands chantiers et le manque de visibilité des entreprises.

Les chiffres sont éloquents : une baisse de 28,5 % des surfaces de bâtiments non résidentiels mis en chantier, un recul de 22,5 % de l’activité intérimaire et une diminution de 4,9 % des effectifs dans le secteur. Sur le bassin sud de la Martinique, si 336 établissements ont été recensés et 320 offres d’emploi publiées au dernier trimestre 2024, seules 206 embauches effectives ont été enregistrées selon les données de l’INSEE communiquées par Mme Vilcoq, directrice de l’agence France Travail du François.
Paradoxalement, cette situation coexiste avec des besoins criants. Michel Nérovique a rappelé que 13 000 demandes de logements sociaux restent non satisfaites en Martinique, alors que les bailleurs sociaux peinent à lancer des opérations faute de main-d’œuvre qualifiée. « Les entreprises ne trouvent pas d’employés et il y a un malaise », a-t-il résumé.
Des métiers en profonde mutation
Jean-Yves Bonnaire, secrétaire général de la Fédération Régionale du BTP Martinique (FRBTP), a tenu à battre en brèche les idées reçues sur le secteur.
« Le bâtiment et les travaux publics sont souvent considérés comme des métiers archaïques, mais c’est complètement faux »,
a-t-il affirmé avec conviction.

La digitalisation, le numérique et l’intelligence artificielle ont fait leur entrée dans les pratiques professionnelles, transformant profondément les conditions de travail.
La décroissance démographique de la Martinique oriente également le secteur vers de nouveaux horizons. « On va plutôt faire de la réhabilitation », a expliqué M. Bonnaire, évoquant les nombreux bâtiments vieillissants nécessitant des travaux de rénovation. Une évolution qui requiert des compétences spécifiques, notamment la capacité à travailler « en site occupé », c’est-à-dire avec les habitants présents dans les logements.
Michel Nérovique a complété ce tableau en insistant sur la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans plusieurs corps de métiers. Maçons, carreleurs, plombiers, charpentiers, étancheurs : les professionnels compétents se font rares. « Les vrais maçons comme il en était avant, aujourd’hui il n’y en a pas beaucoup », a-t-il déploré, tout en soulignant que les conditions de travail se sont considérablement améliorées grâce aux évolutions techniques et aux équipements modernes.
La féminisation du secteur : un enjeu majeur
Parmi les axes de développement identifiés, la féminisation du BTP a été évoquée à plusieurs reprises. Jean-Yves Bonnaire a pointé la très faible représentation des femmes parmi les ouvriers du secteur, alors que « toutes les problématiques de pénibilité ont été largement réglées ». Sarah Duval, conseillère en formation au CFA BTP et modératrice de la soirée, a elle-même témoigné :
« En tant que femme, ce sont quand même des métiers qui restent très attractifs et qui aujourd’hui ne sont plus de l’ordre de la pénibilité. »
Les intervenants ont particulièrement insisté sur les qualités féminines qui correspondent aux nouveaux besoins du secteur : précision, finesse, souci de la qualité dans les travaux de rénovation. « Vous allez rénover un logement, la personne veut que ce soit beau, que ce soit propre », a souligné Michel Nérovique, plaidant pour un développement de l’apprentissage vers les métiers de la décoration et de l’esthétique du bâtiment.
France Travail mobilise ses dispositifs d’accompagnement

Les représentantes de France Travail ont présenté deux outils innovants destinés à faciliter l’insertion professionnelle dans le secteur. Lindsay Prian a détaillé le fonctionnement de la plateforme « Immersion Facilitée », accessible en ligne sur immersion-facilitee.gouv.fr. Cet outil permet aux demandeurs d’emploi de découvrir concrètement un métier en entreprise, et aux employeurs de proposer des périodes d’observation. « C’est une mesure encore trop peu utilisée qui permet vraiment d’être au plus proche de la réalité du poste », a-t-elle souligné.
Sabrina Philippot, conseillère France Travail et référente sur la détection de potentiel, a présenté ce nouveau dispositif baptisé « DDP ». Cette prestation d’orientation, coconstruite avec les professionnels, vise à évaluer les aptitudes des candidats sur quatre « habiletés socles » : la compréhension et la mise en œuvre des consignes, la capacité à mener une action dans la durée, la dextérité, et le degré d’autonomie. « Il n’y a jamais d’échec sur un atelier de détection de potentiel », a-t-elle précisé, expliquant que chaque candidat bénéficie ensuite d’un parcours personnalisé adapté à son profil.

L’offre de formation du CFA BTP : du CAP au BTS
Mme Ferjule, chargée de facturation et conseillère en formation au CFA BTP, a présenté l’éventail des formations proposées par l’établissement. Articulé autour de trois grandes familles – gros œuvre, second œuvre, encadrement et ingénierie – le catalogue couvre les domaines de la maçonnerie, du bois, de l’électricité, des fluides et de l’énergie, ainsi que de la peinture et décoration.
Elle a rappelé que l’alternance permet de combiner formation théorique et mise en pratique, avec un salaire variant de 27 % à 100 % du SMIC selon l’âge et l’année de formation, majoré pour les entreprises relevant de la convention collective du BTP. Les recrutements s’effectuent généralement de mai à fin d’année, avec des rentrées possibles en janvier.
Des titres professionnels sont également proposés : carreleur, chapiste et agent de maintenance en bâtiment, répondant aux besoins croissants de rénovation du parc immobilier martiniquais.
L’innovation à l’honneur : le projet ECOGAINE

Point d’orgue de la soirée, le témoignage des apprentis du BTS Management Économique de la Construction a illustré la capacité d’innovation du secteur. Nahun Hartock a présenté le projet « Ecogaine », récompensé par un prix premium pour l’innovation lors du Cometh Post à Paris en novembre 2024.
EcoGaine propose de recycler des déchets plastiques pour en faire des gainages et conduits utilisables dans le secteur du BTP. L’objectif est de réduire les déchets, valoriser une matière première locale et créer une boucle circulaire d’économie responsable, tout en développant une filière qui bénéficie au territoire martiniquais. Le projet associe formation, développement durable et innovation industrielle, tout en sensibilisant les apprentis à l’impact environnemental de leurs métiers.
« Le BTP ne s’arrête pas juste aux manœuvres et aux maçons, mais participe aussi à l’innovation et au développement de la Martinique »,
a affirmé Nahun Hartock, appelant les acteurs économiques locaux à soutenir ce type d’initiatives.
Une protection sociale d’exception
Jean-Yves Bonnaire a tenu à souligner un atout méconnu du secteur : sa protection sociale. « Il n’y a pas d’équivalent aujourd’hui comme secteur en termes de protection sociale », a-t-il affirmé. La caisse de congés payés du BTP offre notamment un comité d’entreprise équivalent aux petites structures, avec des services de loisirs et voyages. La caisse de retraite et de prévoyance garantit quant à elle des prestations inégalées, fruit d’un dialogue social dynamique avec les syndicats de salariés.
La FRBTP travaille actuellement à la révision de la convention collective ouvrier, avec l’objectif de clarifier les parcours de carrière et les évolutions de classification. « On veut que les compétences qui amènent l’évolution soient établies sur des bases claires et saines pour tout le monde », a expliqué M. Bonnaire.
Perspectives et mobilisation collective
Face aux défis identifiés, les intervenants ont esquissé plusieurs pistes de solutions. La CERC s’est engagée à créer en 2026 un tableau centralisant l’ensemble des marchés disponibles pour améliorer la visibilité des entreprises. Un effort coordonné entre l’État, les bailleurs sociaux et les professionnels vise à relancer la construction de logements sociaux.
La FRBTP et la Collectivité Territoriale de Martinique travaillent ensemble sur une Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (GPEC) pour anticiper les besoins futurs du territoire. Le retour des Martiniquais formés ailleurs constitue également un enjeu, avec des actions ciblées pour les inciter à revenir exercer leurs compétences sur leur île natale.
Le Salon des Bâtisseurs les 27 et 28 Mars à l’Hippodrome de Martinique, à Carrère, présentera les dernières innovations technologiques du secteur, témoignant de sa modernisation constante.
Un premier rendez-vous prometteur
La phase de networking qui a suivi les interventions a permis aux participants d’approfondir les échanges autour d’un cocktail convivial. Trois espaces thématiques ont été aménagés : un « coin institutionnel » pour dialoguer avec la FRBTP et la CERC, un « coin recrutement » avec France Travail, et un « coin formation » animé par l’équipe du CFA.
Le succès de cette première édition, marquée par la qualité des échanges et l’engagement des participants, augure de futures rencontres. Comme l’a résumé Tania Vilcoq :
« Nous souhaitons que cette action soit pérenne, qu’elle porte ses fruits et amène demain à des immersions et des actions concrètes. »
Un vœu partagé par l’ensemble des acteurs présents, unis dans la volonté de bâtir ensemble l’avenir du BTP martiniquais.
Philippe PIED & Laurianne Nomel










