Baromètre 2025 : l’électricité renouvelable à plusieurs vitesses

0
électricité renouvelable

L’année 2025 marque un tournant pour l’électricité renouvelable en France. Les données publiées par Observ’ER confirment une accélération nette des capacités installées et une progression continue de la part des énergies renouvelables dans la consommation électrique nationale. Mais derrière ces résultats globalement positifs, les trajectoires des filières apparaissent très contrastées. La dynamique repose largement sur le photovoltaïque, tandis que d’autres technologies avancent plus lentement, voire décrochent par rapport aux objectifs nationaux. Le Baromètre 2025 offre ainsi une lecture précieuse des déséquilibres qui traversent aujourd’hui la transition électrique française.

Des records de raccordement qui masquent une réalité contrastée

Sur le papier, la dynamique est impressionnante. En 2024, les énergies renouvelables ont représenté 31,3 % de la consommation d’électricité en France, un niveau inédit. Sur les neuf premiers mois de 2025, 6 507 MW de nouvelles capacités renouvelables ont été raccordées, un record historique à cette échéance.

Mais la lecture fine des données montre une concentration très forte de cette croissance. Plus de 73 % des nouvelles capacités raccordées en 2025 proviennent du photovoltaïque. Autrement dit, la progression globale repose largement sur une seule filière, tandis que les autres avancent à un rythme bien plus modéré.

À fin 2025, le parc électrique renouvelable français est estimé à 89,1 GW, avec un basculement symbolique : le photovoltaïque devient la première filière renouvelable en capacité installée, devant l’hydroélectricité. Ce changement de hiérarchie n’est pas anecdotique ; il traduit une recomposition profonde du mix électrique renouvelable.

Le photovoltaïque, désormais colonne vertébrale du développement EnR

Avec 29,7 GW installés à fin septembre 2025, le photovoltaïque s’impose comme le moteur principal de la transition électrique. Sa croissance repose sur une combinaison de facteurs bien identifiés : rapidité de déploiement, diversité des modèles économiques, montée en puissance de l’autoconsommation et capacité à mobiliser des surfaces déjà artificialisées.

En 2024, la filière a produit 23,6 TWh, couvrant 4,4 % de la consommation électrique nationale, tout en générant 37 050 emplois directs et 14,6 milliards d’euros d’activité. Des chiffres qui traduisent un changement d’échelle rapide, malgré un contexte réglementaire plus incertain.

Le baromètre souligne toutefois que cette dynamique reste fragile. Observ’ER note ainsi que « bien que la croissance des nouveaux raccordements reste vigoureuse, le photovoltaïque a dû évoluer dans un contexte réglementaire et politique défavorable en 2025 ».

La réforme du cadre de soutien et l’évolution des objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pourraient peser sur la visibilité à moyen terme, sans remettre en cause, à ce stade, la trajectoire de fond.

L’éolien face à un décrochage structurel

À l’inverse, l’éolien terrestre traverse une phase de ralentissement préoccupante. Avec 532 MW raccordés seulement sur les neuf premiers mois de 2025, la filière affiche un net recul par rapport aux années précédentes. La production, elle aussi, a diminué en 2024 sous l’effet de conditions climatiques moins favorables.

Les objectifs fixés pour 2030 et 2035 supposeraient pourtant une accélération marquée du rythme de déploiement. Or, les contraintes s’accumulent : complexité administrative, disponibilité foncière limitée, acceptabilité locale, délais de raccordement.

Le baromètre est clair sur ce point : « la projection à 2030 puis à 2035 du rythme de croissance observé […] conduirait le secteur de l’éolien terrestre à rater ses objectifs à venir ».

L’éolien en mer offre des perspectives plus favorables, avec 2 008 MW raccordés à fin septembre 2025 et plusieurs parcs désormais en service. Mais là encore, la réussite dépendra du respect des calendriers industriels et de la capacité à mener à bien les appels d’offres les plus ambitieux attendus dans la prochaine décennie.

L’hydroélectricité, pilier stable mais climato-dépendant

Dans ce paysage contrasté, l’hydroélectricité conserve un rôle central. En 2024, elle a produit près de 72 TWh, soit près de 46 % de la production d’électricité renouvelable, bénéficiant d’une année hydrologique particulièrement favorable. Cette performance rappelle le rôle stabilisateur de la filière dans le système électrique français.

Mais elle souligne aussi ses limites. La capacité installée évolue peu et la production reste fortement dépendante des conditions climatiques. L’hydroélectricité sécurise le mix, mais ne peut, à elle seule, porter l’augmentation structurelle de la production renouvelable.

Des filières complémentaires essentielles à l’équilibre du système

Biomasse, biogaz, déchets renouvelables, géothermie et énergies marines ne jouent pas sur les mêmes volumes que le solaire ou l’éolien, mais leur rôle est stratégique. Ensemble, elles apportent de la pilotabilité, de la production locale et une meilleure résilience du système.

Le biogaz, par exemple, voit sa valorisation se déplacer progressivement de l’électricité vers l’injection et les usages gaz, tandis que la géothermie électrique, concentrée notamment en Guadeloupe, illustre le potentiel spécifique des territoires ultramarins.

À Bouillante, la géothermie couvre déjà une part significative de la consommation électrique locale et fait l’objet de projets d’extension.

Une transition qui crée de la valeur, mais de façon inégale

Sur le plan économique, le constat est sans appel. En 2024, les filières renouvelables électriques ont généré 40,5 milliards d’euros d’activité, en forte progression. Mais cette valeur reste très concentrée : le photovoltaïque et l’hydroélectricité captent l’essentiel des emplois et des investissements, tandis que certaines filières stagnent.

Cette concentration pose une question de structuration industrielle et territoriale. Sans visibilité réglementaire et sans trajectoires claires, les investissements peinent à se répartir de manière équilibrée entre les différentes technologies.

Le véritable défi : intégrer, stocker et piloter

Au-delà des capacités installées, le Baromètre 2025 met en lumière un enjeu désormais central : l’intégration de l’électricité renouvelable dans le système. Réseaux, stockage, flexibilité et pilotage deviennent des leviers aussi déterminants que la production elle-même.

Comme le rappelle l’édito du baromètre, « les réseaux publics de distribution d’électricité sont au cœur des enjeux de la transition énergétique et conditionnent la réussite du déploiement des énergies renouvelables électriques ». La transition ne se joue plus uniquement sur les mégawatts installés, mais sur la capacité collective à organiser leur usage.


électricité renouvelable

Consulter ici LE BAROMÈTRE 2025 DE L’ÉLECTRICITÉ RENOUVELABLE EN FRANCE publié par Observ’ER


 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici