Dans les territoires ultramarins, la climatisation ne constitue pas un simple poste de confort. Elle pèse lourdement sur les consommations électriques, en particulier dans les bâtiments tertiaires de taille significative. Publié en janvier 2026 dans le cadre du programme OMBREE, le rapport final du projet PILOTCLIM apporte un éclairage précis sur un levier encore peu exploité : le pilotage de la température de la boucle d’eau glacée. À partir d’essais menés à La Réunion et en Guyane, l’étude démontre que des économies substantielles peuvent être obtenues sans dégrader le confort des occupants.
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Un enjeu énergétique majeur dans les Outre-mer
À La Réunion, le secteur tertiaire représente environ 34 % de la consommation électrique annuelle, soit près de 951 GWh. Dans ces bâtiments, la climatisation concentre à elle seule près de la moitié des usages électriques. Les installations centralisées à eau glacée, très répandues dans les bâtiments de plus de 300 m², constituent donc un gisement d’économies considérable.

La situation est encore plus marquée en Guyane. Sous un climat équatorial chaud et humide, la climatisation peut représenter jusqu’à 60 à 80 % de la consommation électrique des bâtiments tertiaires climatisés. Dans ce contexte, toute amélioration du pilotage des systèmes existants a un impact direct à l’échelle du territoire.
Remettre en question le régime standard 7/12 °C
La plupart des installations de climatisation à eau glacée fonctionnent encore aujourd’hui selon un régime historique de 7 °C en aller et 12 °C en retour. Ce standard, largement diffusé par les fabricants et bureaux d’études, vise à garantir à la fois la puissance frigorifique et la capacité de déshumidification.
Le projet PILOTCLIM s’est attaché à vérifier si ce régime était systématiquement nécessaire dans les conditions climatiques ultramarines. À travers des études théoriques, des calculs sur diagrammes de l’air humide et des mesures in situ, les porteurs du projet montrent qu’il est possible d’augmenter la température de la boucle d’eau glacée tout en maintenant des conditions de confort intérieur conformes aux usages.
Les résultats sont clairs : dans les DOM, la température aller peut être portée jusqu’à 12 °C en toutes saisons, à l’exception de la Guyane en saison humide, où une limite de 10 °C est recommandée pour préserver la capacité de déshumidification.
Des gains énergétiques mesurables et significatifs
L’élévation de la température de la boucle d’eau glacée se traduit mécaniquement par une amélioration du rendement des groupes froids. Le rapport estime les gains énergétiques entre 3 et 5 % par degré supplémentaire dans la majorité des territoires ultramarins, et entre 2 et 3 % par degré en Guyane, où les conditions climatiques sont plus contraignantes.
Mais le principal enseignement du projet réside dans l’approche globale du pilotage. En combinant l’ajustement de la température de la boucle avec une gestion plus fine des plages de fonctionnement — coupure nocturne, arrêt le week-end, voire arrêt saisonnier — les économies deviennent beaucoup plus importantes.

et à 12/17°C la nuit et le week end. – source : Rapport final PILOTCLIM
Selon les scénarios étudiés, la réduction de la consommation liée à la climatisation peut atteindre 30 à 40 %, et dépasser 50 % dans les configurations les plus optimisées.
À l’échelle territoriale, ces optimisations représenteraient un potentiel de 32 à 100 GWh économisés chaque année à La Réunion, soit jusqu’à 3,7 % de la consommation électrique totale de l’île. En Guyane, le gisement est estimé entre 5 et 12 GWh par an.
Des retours d’expérience en conditions réelles
Pour étayer ces résultats, PILOTCLIM s’appuie sur des essais menés sur des bâtiments existants, notamment à l’Université de La Réunion et à l’Université de Guyane. Les sites instrumentés ont permis de suivre finement les consommations, les températures, l’hygrométrie et le ressenti des occupants.
Ces retours d’expérience montrent que les installations à eau glacée souffrent fréquemment d’un surdimensionnement, d’une régulation peu flexible et d’un fonctionnement quasi permanent, parfois sans que les exploitants en aient pleinement conscience. Le projet souligne ainsi que les gains les plus rapides et les moins coûteux passent avant tout par une meilleure conduite des installations existantes.
Un outil pour passer à l’action
Au-delà du constat, le rapport débouche sur un outil de calcul et d’aide à la décision. Conçu pour être facilement mobilisable par les gestionnaires de bâtiments et leurs prestataires de maintenance, cet outil permet de simuler les économies potentielles en fonction du régime de température choisi et des horaires d’exploitation.
L’objectif est d’iinciter à une approche dynamique du pilotage de la climatisation, adaptée aux saisons, aux usages réels des locaux et aux spécificités climatiques de chaque territoire ultramarin.

Consulter ici le RAPPORT FINAL DU PROJET PILOTCLIM









