Conjoncture du bâtiment : 2026 sous le signe d’un rebond fragile

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Bâtiment

Après trois années de baisse consécutives, le bâtiment aborde 2026 dans une situation paradoxale. Les prévisions font état d’une légère amélioration de l’activité, mais sans véritable inflexion de fond. La hausse attendue reste fragile et repose avant tout sur un rattrapage mécanique du logement neuf. Derrière l’idée de rebond, le secteur demeure confronté à des déséquilibres structurels persistants, qui continuent de peser sur l’emploi, l’investissement et la santé financière des entreprises.

2025, une crise qui s’installe dans la durée

L’année 2025 s’inscrit dans la continuité d’un cycle de contraction désormais bien installé. Le volume d’activité du bâtiment recule de 4 %, prolongeant les baisses observées en 2023 et 2024.

Cette évolution traduit moins un choc ponctuel qu’un affaiblissement durable, alimenté par la chute prolongée des mises en chantier, le ralentissement de la commande publique et l’essoufflement progressif de l’entretien-amélioration.

Le secteur subit pleinement les effets différés des décisions prises deux à trois ans plus tôt, dans un contexte marqué par la hausse des coûts, le durcissement des conditions de financement et l’instabilité des dispositifs de soutien.

Logement neuf, moteur du rebond mais pas de la reprise

Le logement neuf concentre l’essentiel des espoirs pour 2026. Après l’effondrement des mises en chantier en 2024, les ouvertures de chantiers ont progressé en 2025, permettant d’anticiper un rebond technique de l’activité l’année suivante. Cette amélioration reste toutefois très relative.

Avec moins de 300 000 logements commencés, le niveau demeure nettement inférieur à la moyenne de long terme et insuffisant pour répondre aux besoins structurels. Le redressement observé traduit avant tout un ajustement après un point bas quasi historique, sans réel redémarrage de la demande.

Le logement collectif, en particulier, reste pénalisé par l’absence d’un cadre incitatif pour l’investissement locatif privé, laissant planer le risque d’une rechute dès 2027.

Non-résidentiel et entretien, des relais de croissance affaiblis

Le non-résidentiel neuf n’offre guère de perspectives plus favorables. En 2025, l’activité a de nouveau reculé, tirée vers le bas par les bureaux, les locaux industriels et les bâtiments administratifs. Les surfaces commencées demeurent à un niveau historiquement bas et, malgré une légère inflexion, la production attendue en 2026 resterait quasi stable.

L’entretien-amélioration, longtemps présenté comme un amortisseur de crise, bascule lui aussi dans le repli. La rénovation énergétique du logement marque le pas, affectée par les ajustements des aides publiques et par un marché immobilier où de nombreuses transactions se réalisent sans travaux.

Le non-résidentiel résiste davantage, porté par l’investissement des entreprises, mais sans dynamique suffisante pour compenser la tendance générale.

Emploi et productivité, un décrochage qui se confirme

La dégradation de l’activité continue de peser sur l’emploi, même si la baisse se modère. Le secteur perd encore des postes salariés et intérimaires, et ce recul reste inférieur à celui de la production.

Ce décalage révèle une perte de productivité persistante depuis la crise sanitaire. La lecture de long terme met en évidence un ajustement inachevé entre niveaux d’activité et effectifs, traduisant les difficultés structurelles du secteur à absorber les chocs successifs.

Des entreprises sous pression malgré la baisse des prix

La situation financière des entreprises se tend dans ce contexte. Les prix des travaux ont reculé sous l’effet d’une concurrence accrue, tandis que les coûts, notamment salariaux, ont continué d’augmenter.

Cet effet de ciseau pèse sur les marges opérationnelles, revenues à un niveau proche de celui d’avant la crise sanitaire. La combinaison d’une activité atone et de charges en hausse fragilise les trésoreries, en particulier pour les entreprises les plus exposées aux marchés du neuf.

2026, une année de transition plus qu’un redémarrage

Les projections pour 2026, issues des analyses de la FFB Nationale, traduisent avant tout une stabilisation relative. La hausse attendue de l’activité ne permettrait ni de retrouver les niveaux d’avant-crise, ni d’inverser la courbe de l’emploi.

Le bâtiment entre dans une phase de transition, suspendue à l’évolution des autorisations, à la relance de l’investissement privé et à la lisibilité des politiques publiques. Sans inflexion structurelle, le rebond annoncé risque de rester un simple sursaut, insuffisant pour engager une reprise durable.

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