La publication de la sixième et dernière étude de la collection « L’entraide en temps de crise » par le Groupe URD apporte un éclairage approfondi sur les dynamiques de solidarité citoyenne à La Réunion face aux épisodes cycloniques. À travers une enquête de terrain menée notamment après le cyclone Belal de janvier 2024, le rapport interroge la capacité collective du territoire à faire face à des crises climatiques de plus en plus intenses.
Territoire insulaire particulièrement exposé aux cyclones tropicaux, La Réunion constitue un terrain d’étude révélateur. Les phénomènes cycloniques y sont récurrents, parfois violents, et leurs effets touchent simultanément les infrastructures, l’habitat, l’économie locale et les conditions de vie des populations.
Le passage de Belal, marqué notamment par le premier déclenchement de l’alerte violette, a mis en évidence à la fois la robustesse de certains réflexes collectifs et les fragilités persistantes de l’organisation sociale face à la crise.
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Des formes d’entraide qui se déploient dans le temps
L’étude distingue plusieurs formes d’entraide qui se succèdent dans le temps. La première apparaît dès les heures qui entourent le passage du cyclone : une entraide spontanée, de proximité, fondée sur les relations familiales, le voisinage et les solidarités informelles. Elle répond aux besoins immédiats, qu’il s’agisse d’hébergement, d’accès à l’eau, de nourriture ou de soutien moral.
Dans un second temps, des formes plus organisées émergent, portées par des associations locales, des collectifs citoyens ou des initiatives ad hoc, souvent structurées autour du nettoyage, du déblaiement ou de l’accompagnement des personnes les plus touchées. En revanche, la transformation durable de ces initiatives reste limitée : peu d’entre elles s’inscrivent dans le long terme ou se traduisent par une véritable institutionnalisation.
Une solidarité bien réelle, mais fragilisée
Si l’entraide demeure bien réelle à La Réunion, le rapport souligne une fragilisation progressive de ces dynamiques. L’individualisation des modes de vie, l’érosion de la mémoire collective des grands événements passés, les inégalités sociales et territoriales ou encore le renouvellement démographique contribuent à affaiblir les réflexes de solidarité.
La culture du risque cyclone, longtemps transmise par l’expérience et les récits, apparaît aujourd’hui inégalement partagée, malgré une connaissance générale des dispositifs d’alerte et des consignes de sécurité.
Institutions et initiatives citoyennes : une articulation encore incomplète
L’articulation entre initiatives citoyennes et dispositifs institutionnels constitue un autre point central de l’analyse. Lorsque des liens préalables existent entre habitants, associations et autorités, la coopération peut s’avérer efficace. Mais ces situations restent ponctuelles. Les logiques verticales de gestion de crise, la rigidité des procédures et l’absence de relations construites en amont freinent souvent les synergies au moment critique.
Le cyclone Belal a agi comme un révélateur de ces tensions, en montrant à la fois la capacité de mobilisation locale et les limites de l’intégration de l’entraide citoyenne dans la réponse officielle.
Au-delà du constat, l’étude met en évidence le rôle stratégique de l’entraide dans la résilience territoriale. Les pratiques de solidarité, ancrées dans les relations de proximité, la culture de la débrouille et le tissu associatif, constituent un levier essentiel pour faire face aux crises.
Leur reconnaissance et leur prise en compte apparaissent d’autant plus cruciales dans un contexte de changement climatique, marqué par l’intensification attendue des phénomènes cycloniques et l’exposition accrue des territoires ultramarins.

Consulter ici La 6ème étude de cas de la Collection « L’entraide en temps de crise », du 12 Décembre 2025.
À travers le cas réunionnais, le rapport souligne ainsi un enjeu qui dépasse le seul cadre local. Il interroge la capacité des territoires exposés à renforcer les liens entre société civile et institutions, afin de transformer l’entraide citoyenne en un véritable atout de préparation et de résilience face aux crises à venir.









