2026 : une année de bascule pour les Travaux Publics

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Travaux Publics 2026

L’année 2026 devait marquer un regain pour les Travaux Publics. Elle s’annonce finalement comme un exercice sous tension. Selon les prévisions publiées par la FNTP en novembre 2025, le secteur entre dans une phase de recul inhabituelle pour une période pré-municipale. Entre incertitude budgétaire, climat politique instable et arbitrages retardés, la dynamique d’investissement se grippe. Le rapport en fournit les chiffres ; l’analyse révèle une année de bascule, où les effets combinés du cycle électoral et du flou institutionnel redessinent entièrement l’activité.

Un environnement politique et financier qui casse les cycles habituels

En année pré-municipale, les investissements locaux connaissent habituellement un rebond. Mais ce schéma se brise en 2026.

Plusieurs facteurs se superposent et brouillent complètement les repères :

  • un Projet de loi de finances repoussé et incertain
  • des marges de manœuvre contraintes pour les collectivités
  • une absence de stratégie stabilisée de l’État
  • un climat institutionnel qui pousse les décideurs à temporiser

Ce blocage n’est pas seulement budgétaire. Il est aussi psychologique et administratif. Les élus, confrontés à des règles de financement mouvantes, préfèrent attendre des clarifications avant de lancer des appels d’offres structurants.

Résultat : le cycle municipal est amplifié, mais dans le sens du repli, et non de la relance.

L’État en “année blanche” : une rupture majeure pour les infrastructures

Le cœur du choc 2026 se situe du côté de l’État. L’AFIT-F ne bénéficiera d’aucune revalorisation de crédits par rapport à 2025, ce que la FNTP qualifie clairement d’« année blanche ».

Le document souligne également que la progression des crédits destinés à l’achat de matériel ferroviaire, tels que les trains de nuit, « devrait peser sur le niveau des crédits réellement consacrés à l’infrastructure ».

Autrement dit, les marges déjà limitées se réduisent encore, au détriment de la régénération des réseaux.

Ces arbitrages s’additionnent aux retards persistants des CPER, tandis que la loi-cadre sur les transports, annoncée pour fixer les équilibres financiers du secteur, reste fragilisée par le contexte institutionnel.

Les entreprises de TP se retrouvent ainsi avec une visibilité affaiblie, et une perspective de –8 % de crédits infrastructures en 2026 qui pèse lourd sur les chantiers structurants, notamment routiers et ferroviaires.

Collectivités locales : quand le bloc communal entraîne tout le marché vers le bas

Le poids des collectivités locales dans l’activité des Travaux Publics est immense : 42,9 % du chiffre d’affaires du secteur. C’est donc naturellement de ce côté que se joue une grande partie de la dynamique 2026.

Or, les signaux ne sont pas encourageants. Les investissements locaux reculeraient de –6 % en 2026, avec un bloc communal particulièrement touché à –7 %.

Le fonds DILICO en dit long sur la situation. Doté de 2 milliards d’euros en 2026 – contre 1 milliard l’année précédente –, il devient une forme de respiration sous condition.

La FNTP rappelle que son remboursement serait étalé sur cinq ans, ce qui en fait une ponction durable sur les ressources locales. Dans les communes, l’équation est simple : absorber cette contrainte financière oblige à prioriser, reporter ou redimensionner les investissements.

Résultat : moins d’appels d’offres, plus de phasages, des projets reportés et une frilosité accrue pour lancer des chantiers avant les élections.

Grands opérateurs : transports en tassement, énergie en expansion

L’analyse des grands opérateurs révèle une bascule nette dans la structure du marché. Du côté des transports, la tendance est au tassement.

La Société des Grands Projets a passé son pic d’investissement, et 2026 marque un recul d’environ 800 millions d’euros. La montée en puissance attendue des investissements de régénération chez SNCF Réseau n’interviendra qu’à partir de 2027–2028.

Les concessionnaires autoroutiers conservent une activité stable, principalement liée aux opérations de remise à niveau des réseaux avant les fins de concession. Les grands projets, comme le Canal Seine-Nord Europe ou le Lyon–Turin, avancent, mais à des rythmes inégaux.

À l’inverse, l’énergie devient clairement le moteur de croissance du secteur. RTE accélère le renouvellement et le renforcement de ses réseaux, Enedis avance sur ses programmes de modernisation, et les opérateurs gaziers développent leurs projets de raccordement, notamment dans le biogaz.

Même les réseaux de chaleur et de froid repartent à la hausse. Cette dynamique explique pourquoi les grands opérateurs affichent globalement une légère hausse en valeur (+1 %), là où l’État et les collectivités reculent.

Secteur privé : une reprise fragile qui ne comble pas les pertes du public

Le secteur privé présente des signaux plus favorables, mais insuffisants pour compenser la contraction du public. Dans le logement neuf, les permis de construire progressent de +7 % et les mises en chantier de +3 % à fin août 2025.

Ce frémissement, après une chute sévère les années précédentes, montre que le marché se réactive lentement. Mais il reste sur des volumes historiquement bas, et dépend fortement de l’évolution des taux d’intérêt dans les prochains mois.

Le non-résidentiel, lui, avance en ordre dispersé : le marché des bureaux poursuit sa chute, la logistique reste dynamique mais peu expansive, et l’industrie demeure hésitante, pénalisée par des reports de projets.

Au total, le secteur privé se redresse légèrement (+2,3 %), mais ne permet pas de contrebalancer un repli public généralisé.

2026 : un recul global en trompe-l’œil

Au final, les prévisions consolidées annoncent une baisse de –1,9 % en valeur et –3,2 % en volume pour l’activité des Travaux Publics. La hausse des coûts de production (+1,3 %), tirée notamment par les salaires et le renchérissement du gazole non routier au 1ᵉʳ janvier 2026, accentue mécaniquement le recul réel.

La divergence entre maîtres d’ouvrage fracture profondément le marché : l’État et les collectivités se contractent, les grands opérateurs progressent à peine, et le secteur privé reprend modestement.

C’est cette hétérogénéité qui fera de 2026 une année difficile à lire et encore plus difficile à anticiper.

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